Un livre assez troublant. Qui était, au fond, Mussolini ? Pierre Milza semble attiré par la personnalité, ses faiblesses, son sens de la formule, son intuition, ses angoisses, son esbrouffe, en même temps il se montre sévère en balayant d'un revers de manche son revirement vers l'antisémitisme actif du régime. Non, Mussolini n'a pas appliqué une politique antisémite malgré lui, sous la pression des Allemands ; comme Pétain et ses amis, il a devancé et justifié l'exclusion puis la déportation.
Mais il s'agit de mieux comprendre la place d'un homme aussi curieux et singulier dans la vie politique italienne, de se souvenir qu'il nétait pas tellement détesté avant la guerre (le livre contient quelques scènes saisissantes, notamment la réception enthousiaste d'un certain Ghandi, les bonnes relations, ironiques avec le recul du temps, avec Chaïm Weitzman, futur président d'Israel, qui voyait en Mussolini un soutien pour le sionisme, mais c'était avant que Mussolini adopte une politique de ségrégation).
Il s'agit d'une remarquable biographie, très documentée, très fine, qui permet aussi de comprendre la relation changeante avec le peuple italien.