Revue de presse
Il arrive, de temps en temps, qu'un éditeur nous propose de découvrir une série ne ressemblant à aucune autre série de son catalogue, et c'est le cas ici. Ainsi, entre deux nouveaux titres à succès de sa collection "Shônen Up", les éditions Kazé Manga publient ici un seinen plutôt atypique quand on le compare à la majorité des séries de leur ligne éditoriale, un manga qui, de part la base-même de son histoire, peut rappeler un titre comme Un Drôle de Père chez Akata/Delcourt.
Laissé en plan il y a cinq ans de cela par Yôko, l'amour de sa vie, partie en Amérique, Masamune Kazama a continué sa vie paisible dans une petite ville de campagne sans jamais parvenir à oublier la jeune femme. Et voilà qu'un jour, il apprend que Yôko est morte accidentellement, et qu'elle laisse derrière elle Koharu, une petite fille de 5 ans... qu'elle a eue de lui. Suivant les dernières volontés de Yôko, le jeune célibataire, du haut de ses 23 ans, va accepter de prendre en charge la petite fille.
Ce sujet de l'homme célibataire soudainement propulsé dans un rôle de papa rappelle donc Un Drôle de Père, mais la comparaison s'arrête à peu près là, My Girl se voulant beaucoup plus mélancolique.
On devine rapidement que l'évolution de Masamune dans son nouveau rôle sera l'un des principaux ressorts de l'histoire, ce qui se confirme rapidement. Jeune adulte célibataire, notre héros va devoir changer son mode de vie peu palpitant (lever - travail - retour à la maison - télé - dodo), pour réorganiser toute son existence autour de Koharu, véritable petit bout de chou qui a tout de la gamine attachante: gentille, compréhensive et capable d'apprendre de ses erreurs, sociable, et parfois dotée d'une petite dose de caprices qu'elle refoule tant bien que mal.
Masamune fait du mieux qu'il peut, mais rien n'est facile, le doute est permanent sur la façon de gérer telle situation, tel problème, et c'est au fil du temps qu'il apprendra et évoluera dans son rôle de père, d'autant que sa petite fille, loin d'être un handicap, fait tout pour l'aider, se montre toujours compréhensive, ne demande pas grand chose, si ce n'est de l'attention. L'alchimie entre le jeune homme et la petite fille apparaît rapidement comme une évidence, d'autant que tous deux souffrent de la perte du même être cher, et doivent se soutenir de manière permanente. Et c'est sans doute là la plus grande force du récit de la mangaka Mizu Sahara: à travers les souvenirs qu'ils ont de Yôko, les deux êtres au coeur brisé se soutiennent à merveille et nouent un lien indéfectible. Bien qu'elle ne soit plus là physiquement, Yôko continue de vivre à travers ce lien entre le père et l'enfant, et c'est à travers ces souvenirs que tous deux se partagent que l'on découvre petit à petit la vie et le caractère d'une défunte qui, finalement, fait partie intégrante de l'histoire et se révèle tout aussi attachante que l'homme de sa vie et sa fille.
A travers les scènes quotidiennes que peut vivre un jeune papa, Masamune évolue donc dans son rôle de père, et en même temps, c'est également sa condition elle-même qui change. Dans une société au sein de laquelle il se contentait de vivre sans y chercher autre chose, le jeune homme, grâce à sa nouvelle vie de famille, et au fil des rencontres qu'il fera (les parents de la défunte, les employés de la garderie, d'autres parents d'élèves, d'autres enfants...) et qui enrichiront considérablement le background de l'oeuvre, va s'ouvrir un peu plus aux autres, s'épanouir, retrouver plus de goût en une vie qui était jusqu'à présent à moitié éteinte.
Visuellement, on se retrouve face à un coup de crayon maîtrisé assez éloigné des standards. Ici, pas de grands yeux aux pupilles proéminentes, l'expressivité des visages passe surtout par la bouche, les sourcils et le contour des yeux. A partir de là, les personnages, principalement nos deux héros, renvoient des expressions assez nuancées, parfois difficiles à cerner, mais qui dégagent toujours un petit brin de mélancolie et d'apaisement. Masamune est touchant, Koharu craquante à souhait, le côté "tranche de vie" et l'ambiance mélancolique jamais trop pesants. My Girl ne prend pas le parti de chercher à nous émouvoir à tout prix, il n'y a ici rien de larmoyant, ou même de profondément palpitant. Mizu Sahara se contente de raconter son histoire avec sincérité, et malgré une narration parfois grossière, le tout touche par son ton simple qui ne tombe jamais dans le pathos.
Porté par ses deux attachants êtres brisés, ce premier tome de My Girl, bien que parfois maladroit, touche facilement grâce à sa simplicité de ton, et mérite qu'on lui laisse une chance.
Du côté de l'édition, Kazé Manga nous gâte ! Au total, ce sont pas moins de 12 superbes pages en couleurs que l'on retrouve tout au long du volume. L'impression est bonne, la traduction convaincante.
koiwai
(Critique de www.manga-news.com )
Biographie de l'auteur
Rarement l'expression "artiste aux multiples facettes" n'aura aussi bien collé qu'à Mizu Sahara, de son vrai nom Sumomo Yumeka, une femme dont on ne connaît rien de la vie privée, si ce n'est qu'elle est née le 25 décembre à Kanagawa. En effet, elle a pour particularité d'utiliser un pseudonyme différent pour chacun des styles où elle officie.
L'auteur écrit sous le nom de :
YUMEKA Sumomo (夢花李), pour ses œuvres boys love
SAHARA Keita (佐原恵太) pour ses oeuvres shôjo
Chikyuya/Sasshi (地球屋/さっし) pour ses récits doujinshi.
Et enfin sous le pseudo
SAHARA Mizu (佐原 ミズ) pour ses oeuvres seinen.
Elle se consacre au seinen dès 2005 où elle signe dans les pages du magazine Afternoon de Kodansha l'adaptation manga en un volume de Hoshi no Koe (ほしのこえ) (Voices from a Distant Star), le métrage de Makoto Shinkai.
La collaboration avec Makoto Shinkai se poursuit en 2006 lors de la parution dans le magazine Afternoon d'une nouvelle: Kumo no Mukou, Yakusoku no Basho (雲のむこう、約束の場所), adaptation papier du film La Tour au-delà des Nuages.
2006 voit également paraître dans les pages du magazine Melody de Hakusensha le recueil de nouvelles Nanairo Sekai (ナナイロセカイ) (The World in Seven Colors).
En 2007, on retrouve une side story de Nanairo Sekai dans le recueil de nouvelles Bus Hashiru (バス走る), sorti en France chez Kazé Manga sous le nom
Un bus passe. Toujours en 2007, la mangaka signe Watashitachi no Shiawase na Jikan ( 私たちの幸せな時間), adaptation d'une nouvelle de la célèbre écrivain sud-coréenne Gong Ji-Young.
C'est au tout début de cette même année que Mizu Sahara débute
My girl / My girl (マイガール) , série qui s'achèvera près de quatre années plus tard.
Et publié chez nous par Kaze entre 2010 et 2012.
En 2011, Mizu Sahara démarre une nouvelle série : Tetsugaku Letra (鉄楽レトラ), actuellement en cours dans le magazine Gekkan Sunday de Shogakukan.
Enfin, la mangaka a débuté en novembre 2011 : Itsuya-san (夜さん), une nouvelle série dont le premier tome sortira au Japon en octobre 2012.
Mizu Sahara continue également de publier de nombreuses nouvelles, par exemple autour de l'univers de Bus Hashiru.
En quelques années, l'artiste s'est imposée comme une auteure extrêmement prolifique, touchant à de nombreux genres. Notons qu'elle se dessine souvent de manière caricaturale avec les joues rondes, et qu'elle est rarement satisfaite de son travail si l'on en croit ses mots présents dans ses œuvres. Humble, elle ne manque jamais une occasion de remercie les personnes avec lesquelles elle travaille.