OUI, dans les années 90 j'aimais BIEN voire BEAUCOUP Mylène Farmer, comme j'aimais aussi Metallica (comme quoi, tout est possible). J'ai choisi de commenter ce concert de 1996 parce que je l'ai vu un paquet de fois, usant la VHS sortie un an plus tard, avant l'acquisition du DVD. Et parce que je considère qu'il s'agit un peu de l'apogée de sa carrière, seuls ses quatre premiers albums (jusqu'à l'
Anamorphosée de 1995 donc) étant à mes yeux dignes d'intérêt. Après, elle a « géré » et fait le tiroir-caisse, en grande professionnelle mais avec une capacité d'évolution, de remise en question artistique proche du néant.
« Anamorphosée » fût l'album « rock » et « américain » de Farmer. « Rock » parce cette fois il y avait des guitares et « américain » parce qu'elle l'a enregistré en Amérique avec des américains. Et ce live à Bercy, issu de la tournée qui suivit, rend compte de cette évolution. Exit donc l'atmosphère lugubre, les pierres tombales et le « tout synthétique » du
En Concert de 1989 et place au strass et paillettes, à la lumière et à un son plus électrique. Moins personnel si on veut, mais plus dynamique. Le show est grandiose mais pas encore « cirque Barnum » comme ceux qui suivront. Les costumes sont signés Paco Rabanne. La play-list, quasi idéale, fait bien sûr la part belle à « Anamorphosée » (presque tout l'album y passe) et alterne astucieusement ballades larmoyantes, tubes ultra-connus chorégraphiés et titres « mid-tempo » ou rythmés moins célèbres. Peu de moments faibles, je ne zappais systématiquement que 2 ou 3 titres sur les 19. Les musiciens (deux guitares, une basse, une batterie et deux claviers), les choristes (dont une ayant tourné avec Madonna) et les danseurs mettent le métissage à l'honneur et sont tous américains, exceptés le chorégraphe Christophe Danchaud (un fidèle de Mylène) et le « chef d'orchestre » Yvan Cassar.
Le concert commence efficacement par « Vertige », calme dans les couplets et énergique dans le refrain. Mylène sort du sol en petite tenue (dans les concerts suivants, elle tombera du ciel, y'a pas 36 possibilités de toutes façons...) avant qu'une robe blanche transparente ne lui tombe sur les épaules. On poursuit par un autre titre d'« Anamorphosée », le single « California ». Mylène et ses deux choristes entament une danse lascive... « So sex ». Le titre suivant « Que mon c½ur lâche », traitant du SIDA, maintient un rythme enlevé. Premier creux avec le cucul et anodin « Et tournoie... », avant de repartir de plus belle sur l'excellentissime « Je t'aime mélancolie ». Première « séquence émotion » (et ses larmes sur commande ?) avec « L'Autre... ». Suivent « Libertine » dans une version rock (avec Mylène dans un grand fauteuil) et « L'instant X » et son intro type western. Place après ça à un instrumental intéressant, histoire de voir que les musicos ne sont quand même pas des manches (notamment le massif Abraham Laboriel Jr à la batterie) et pour permettre à Mylène de changer de tenue et aux techniciens de préparer la suite du show. Car voila que déboule « Alice », une curiosité (contrebasse, scratches, chuchotements), notre rouquine descendant du plafond sur une araignée métallique. Arrive ensuite « Comme j'ai mal », correcte, avec un solo de gratte sèche agréable au milieu. Le faiblard « Mylène s'en fout » se retrouve engoncé entre les deux hits mastodontes que sont l'hymne gay « Sans contrefaçon » (les danseurs déguisés en drag-queens) et « Désenchantée », occasions de faire reprendre en ch½ur le public. Deuxième « séquence émotion » avec « Rêver » et « Laisse le vent emporter tout ». Un peu longuet. Heureusement « Tomber 7 fois... », très rock, nous sort de notre torpeur. On ne félicitera pas le monteur puisqu'à un moment Mylène apparaît avec un soutif différent d'un plan sur l'autre. Elle présente ses danseurs et musiciens sur ce titre, repris là aussi avec le public. Le spectacle touche à sa fin et il le fera sans fausse note. Après un « Ainsi soit-je... » éthéré et raccourci, Mylène est rejointe sur scène par Khaled, pour une version orientalisante de « La poupée qui fait non » de Polnareff. Le show se conclut dans l'enthousiasme, les décibels et les effets pyrotechniques, avec « XXL » et ses guitares là encore bien affirmées.
Alors OUI, les « Waou ! », les pleurs pré-programmés et les groupies du premier rang, c'est pénible. Mais on peut lui reconnaître d'avoir su durer, à la Mylène, de n'avoir aucun équivalent en France et d'avoir su trouver sa « niche », entre les
braillardes et les
folkeuses « deux de tension ». Et OUI, elle doit avoir à sa disposition une armée de comptables chargés de gérer sa fortune et de « défiscaliser » un max. Mais au moins elle ne prétend pas
sauver le monde et nous fait grâce des « messages » foireux et démagos à la Noah ou Zazie (ses chansons les plus « engagées » - ou plutôt « d'actualité » - sont « Désenchantée » et « Que mon c½ur lâche », c'est dire). Aux dernières nouvelles, elle a enregistré un duo avec Line Renaud et un titre avec RedOne, le producteur de Lady Gaga. Sans commentaire.
Bon voila, j'ai fini. Vous pouvez vous déchainer.