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Les passionnés d'histoire archaïque se délecteront de cet ouvrage érudit : à chaque strate de fouille, c'est un millénaire d'expériences que nous découvrons, et pour nous soudain un peu de lumière jaillit dans ces moments oubliés de la mémoire humaine. --Frédéric J. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Così è se vi pare,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Naissance des divinités, naissance de l'agriculture : La révolution des symboles au Néolithique (Broché)
Je voudrais, en guise d'introduction à cette réflexion sur l'ouvrage de M. Cauvin - dont les parties factuelles ont de grands mérites - poser une question à l'auteur. Imaginons que son homologue, d'ici dix mille ans, aille faire des fouilles dans un quartier de ce qui fut jadis New York. Dans un appartement, il retrouve une « Boîte de Brillo » d'Andy Warhol. Cet anthro-archéologue pourra-t-il reconstruire, à partir d'une telle boîte, « l'imaginaire collectif » de la civilisation newyorkaise de la fin du XXe siècle ?Le chapitre 7 (six pages en tout) est la clé de voûte de tout l'ouvrage. Il porte le titre : « La Révolution néolithique : une mutation mentale » Une « mutation mentale », i.e. du système symbolique - l'imaginaire de Le Goff - a eu lieu à ce moment-là, dit l'auteur, ce qui a permis l'introduction de l'économie agricole. Comment vérifier ce changement ? « Notre principale voie d'accès au psychisme collectif des sociétés anciennes sans écritures reste leur art » - donc la « boite de Brillo ». « La Femme et le Taureau néolithiques nous sont apparus, au Proche-Orient, comme des divinités dont l'émergence au Xe millénaire se prolonge par une diffusion dans tout l'Orient (sic) ancien ». (p. 102). Une telle annonce est suivie, dans le même chapitre, d'une discussion d'images (non datées) qu'on a retrouvées dans le Néolithique... saharien. Car ce qu'on a trouvé au Proche Orient à l'époque donnée, par ci par là, ce sont quelques statuettes féminines très rudimentaires - dans ce qu'on pourrait penser être des espaces privés - aussi bien que des crânes d'aurochs cachés dans du plâtre de murs (p. 48) - donc pas encore de « l'art ». L'image de « Déesse » mère à Çatal Hüyük (p. 52), à laquelle l'auteur fait référence et sur laquelle il bâtit ses anachronismes, date du VIIe millénaire av. J.C. On recherche en vain, au millénaire indiqué, une discontinuité dans le développement de la culture qui puisse justifier le terme de Révolution. Qu'est-ce, au fait, que ce « psychisme collectif » ? Pourrait-on me le décrire pour ce qui regarde la société contemporaine ? Et s'il existe, pouvons-nous affirmer que les graffiti des banlieues en soient une expression ? Ou l'art de Damien Hirst ? Ou de Duchamp, qui niait l'existence de l'art ? Le psychisme collectif émane-t-il d'une élite ou se situe-t-il au niveau populaire ? La question se pose, car dans les sociétés anciennes l'art était surtout au service des élites. Par ailleurs : parler de « collectif » culturel a un vague relent du « völkisch » d'antan... Ce que l'auteur semble dire en effet est que, après s'être assis, l'Homme, ayant imaginé subitement ce que Saint Thomas appelle le « primus agens », est devenu lui-même « primus agens » de son propre, irréversible et irrésistible progrès culturel et économique. Ce « moment nietzschéen » est le point de départ de la « chain of being » si chère à la vision d'une progression positiviste. Donc on lit au début du chapitre 8 : « Avec la Révolution des symboles et l'installation d'une agriculture dans le corridor levantin, nous avons assisté à l'évènement fondateur de notre humanité présente » (p. 110). Poussez-vous de côté les Aborigènes, les Papous, les Amérindiens ! Toutes ces théories sont bâties sur des fouilles sporadiques, occasionnelles, fragmentaires, qui ne sauraient en aucun cas donner une vision représentative de ces cultures. De surcroît, le chercheur est tellement épris de ses « mutations mentales » qu'il ne se pose même pas un problème qui devrait être évident. Où sont passés les « lieux sociaux » de ces cultures ? Nous le savons bien : les chasseurs-cueilleurs se rencontrent entre eux régulièrement pour des échanges sociaux tels que les mariages ou pour des rites d'initiation. De récentes analyses du DNA des !Kung ont montré une surprenante mobilité des hommes comme des femmes entre ces groupes, ce qui évitait l'endogamie génétique et culturelle. Une fois sédentarisés dans de tout petits villages par ci par là (avec ou sans agriculture) le problème de maintenir cette double exogamie se pose - ces villages sont loin d'être autosuffisants à ce point de vue. Donc il fallut créer (ou maintenir) des « espaces de rencontre et d'échanges ». Où sont-ils ? Mystère. Les fouilles de Göbekli Tepe n'aident guère ici, car, justement, ce lieu semble avoir disparu avant la sédentarisation. Faute de savoir comment ces peuplades se sont réorganisées socialement suite à leur sédentarisation, il serait prématuré d'annoncer dogmatiquement que la Révolution des mutations mentales - qui mènera, trois mille ans plus tard, à l'invention du « monothéisme féminin » (p. 53) - a été à l'origine de l'introduction de l'agriculture. C'est une argumentation par défaut, donc logiquement insuffisante (p. 252). Je passe sur le fait que même le Judaïsme biblique n'était pas monothéiste - voir VEYNE Quand notre monde est devenu chrétien (312-394) - et qu'il reste encore à démontrer que ces cultures aient été capables d'imaginer d'abord l'abstraction d'un absolu, pour le personnifier après coup. Par ailleurs, le « culte des crânes » du PPNB semblerait préconiser une ligne directrice tout opposée. Malheureusement, ces idées finissent un jour ou l'autre par être vulgarisées au point de créer des malentendus. Le National Geographic de Juin 2011 date la « naissance des religions » d'avant le XIIe millénaire av. J.C. - en citant entre autres l'auteur et ses idées. Lui-même éprouve un grand dédain pour le matérialisme vulgaire. Je le comprends et je partage ses sentiments. Qu'il me permette à mon tour une certaine perplexité face à des concepts insaisissables tels que « imaginaire collectif », ou alors un anachronisme qui s'étend au moins sur 3000 ans, et à une logique qui me semble parfois défaillante : ce texte est émaillé de qu'on appelle en anglais des « confirmation bias ». Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
8 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Une synthèse indispensable, une thèse passionante,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Naissance des divinites naissance de l'agriculture (Poche)
La synthèse: prenant en compte tous les travaux archéologiques achevés ou en cours en 1996-97, Jacques Cauvin nous présente les connaissances actuelles sur la naissance de l'agriculture et de la religion au Proche-Orient.La thèse: chaque page est sous-tendue par la théorie originale, exprimée de façon limpide, de Jacques Cauvin, à savoir que l'apparition des symboles et de la religion a précédé (causé ?) la naissance de l'agriculture. Indispensable. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
une idée très interessante,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Naissance des divinités, naissance de l'agriculture : La révolution des symboles au Néolithique (Broché)
voici le developpement d'une idée nouvelle quant à l'évolution de l'humanité au néolithique:l'agriculture ne serait pas la conséquence d'un accroissement démographique ou d'une nécessité de compléter une ressource alimentaire défaillante à la suite de changement climatique, chez nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, mais à la révolution mentale qu'est l'invention des divinités.Ainsi ce sont les divinités representées notamment dans la région explorée (le moyen orient) par la femme et le taureau qui auraient conduit à l'invention de l'agriculture.Je trouve cela très ipassionnant à une époque où les théories économiques ,et les idéologies matérialistes qui en découlent, continuent à prétendre leur omnipotence, que de donner toute son importance au "mental" dans l'organisation et l'évolution des sociétés.La grande aventure du progrès humain serait-elle liée , de tous temps, à un "état d'esprit"?Oui, selon la démonstration de Cauvin ; preuves archéologiques à l'appui.Beau sujet de réflexion pour notre époque chaotique à la recherche de son avenir.A lire et à méditer. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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