« Telle qu'elle se forge au tournant du siècle et telle qu'elle se développe dans les années 20 et 30, l'idéologie fasciste est le produit d'une synthèse du nationalisme organique et de la révision anti-matérialiste du marxisme, elle exprime une velléité révolutionnaire fondée sur le refus de l'individualisme, à facette libérale ou marxiste, et elle met en place les grandes composantes d'une culture politique nouvelle et originale. Une culture politique communautaire, anti-individualiste et anti-rationaliste, fondée dans un premier temps sur le refus de l'héritage des lumières et de la révolution française, et dans un deuxième temps, sur la construction d'une solution de rechange totale, d'un cadre intellectuel, moral et politique, seul capable d'assurer la pérennité d'une collectivité humaine où seraient parfaitement intégrées toutes les couches et toutes les classes de la société.
Le fascisme prétend effacer les effets les plus désastreux de la modernisation du continent européen, il veut remédier à l'éclatement de la communauté en groupes antagonistes, à l'atomisation de la société, à l'aliénation de l'individu, devenu simple marchandise lancée sur le marché. Le fascisme se lève contre la déshumanisation introduite dans les rapports humains, mais il entend préserver jalousement les bénéfices du progrès, et jamais il ne prône le retour à un « âge d'or » hypothétique. Ni réactionnaire, ni contre-révolutionnaire dans le sens maurassien du terme, le fascisme se présente au contraire comme une révolution d'un autre type : une révolution qui déclare vouloir tirer le meilleur du capitalisme, du développement de la technologie moderne et du progrès industriel. La révolution fasciste entend changer la nature des rapports entre l'individu et la collectivité sans pour autant briser le moteur de l'activité économique : la recherche du profit, ni abolir son fondement : la propriété privée; ou détruire son cadre nécessaire: l'économie de marché.
En revanche, le fascisme a en horreur les valeurs dites bourgeoises : libéralisme, démocratie, universalisme, individualisme. Le système de pensée fasciste repose non seulement sur la négation de la praxis libérale et démocratique, mais aussi sur le rejet de ses principes philosophiques.
(...) La synthèse fasciste est d'abord un mouvement de révolte. Et on ne saurait mésestimer l'importance de cette dimension. (...) Le style fasciste, qui frappe par son agressivité, exprime bien les nouvelles valeurs éthiques et esthétiques. Il exprime un contenu : il ne s'agit pas ici d'un simple moyen de mobilisation des masses, mais d'une nouvelle échelle des valeurs, d'une nouvelle vision de la culture. Tous les futuristes ont le culte de l'énergie, du dynamisme et de la puissance, de la machine et de la vitesse, des instincts et de l'intuition, du mouvement, de la volonté et de la jeunesse ; ils prêchent un mépris souverain du vieux monde bourgeois, ils chantent la nécessité et la beauté de la violence. »