Dans une très belle langue et avec des mots justes, Pierre Péju raconte trois naissances, dont deux sont pourtant douloureuses et tragiques. Une femme dans un camp de prisonnières accouche seule sur une table de pierre, sous le regard et les cris d'hommes agités, redevenus des bêtes devant la nudité féminine, mais lorsque l'enfant paraît, soudain le silence se fait et ils regardent, emplis d'émotion. La femme confiera son nouveau-né juste avant d'être déportée, sa seule façon de le sauver.
La deuxième naissance est douloureuse aussi : l'enfant est mort in utero, il faut déclencher l'accouchement et le père dans tout cela, se sent bien inutile. Il nouera toutefois un lien avec son enfant mort. La troisième naissance est heureuse, dans les mains d'une jeune sage femme. Mais plus que des naissances, cruelles ou heureuses comme il en est, c'est le regard et les mots d'un homme qui touche ici : comme l'on voudrait que tous les pères puissent s'exprimer ainsi, même si tous doivent vivre ces émotions intérieures !
La naissance reste une affaire de femmes, l'homme lui, ne peut la donner, sa seule façon de faire naître, c'est d'écrire, des mots sous la douleur ou le plaisir de la plume. Un très beau texte.