Nashville Skyline sorti en avril 1969, provoque la stupéfaction chez le public et la critique. Même si le dernier titre de
John Wesley Harding, « I’ll Be Your Baby Tonight » possédait un léger parfum country,
Nashville Skyline est totalement consacré au genre. Pour les fans de Dylan, ce style musical est associé au conservatisme le plus étroit et ce fut un vrai supplice pour eux de le voir embrasser cette nouvelle palette. Ils sont aussi interloqués par la durée très courte de l’album (27 minutes) faisant naître chez eux un soupçon de sécheresse créative chez un chanteur plutôt prolifique habituellement. Mais le choc est surtout dans cette nouvelle voix : une tessiture de crooner romantique sans ce timbre nasal si caractéristique de Dylan. Celui-ci, pince sans rire, l’attribuera à l’arrêt de la cigarette. Certains vieux fans affirment qu’il possédait déjà ce type de voix à ses débuts juste avant qu’il se mette à imiter le timbre de Woody Guthrie.
La country music, Bob Dylan la connaît depuis son adolescence à Hibbing où il écouta beaucoup d’artistes de cette mouvance dont sa première idole connue, le tourmenté Hank Williams. Selon un journaliste venu l’interviewer, Bob Dylan possédait de lui un songbook, preuve qu’il se ré-intéressait à cette musique appelée « Blues des Blancs ». Sur
Nashville Skyline, il préfère adopter une musique country assez décontractée, positive où le thème principal est « l’amour qui fait tourner le monde ».
Exit les élucubrations littéraires de
Blonde On Blonde, les paraboles bibliques de
John Wesley, les textes de
Nashville Skyline sont simples et directs.
L’ouverture de l’album par la nouvelle version « made in Nashville » de
« Girl From North Country » en duo avec l’homme en noir Johnny Cash surprend par sa lenteur et sa touchante imperfection. Les deux chanteurs, qui se respectent énormément, semblent hésiter à joindre leurs voix ajoutant ainsi un cachet très spontané.
Véritable curiosité de l’album,
« Nashville Skyline Rag », premier instrumental de Bob Dylan est un concentré de bluegrass à l’ancienne exécuté par un orchestre alerte.
« Peggy Day »,
« One More night » et « Country Pie » sont d’agréables morceaux qui peuvent être vus comme des hommages au style « hillbilly » et pas plus que cela. Par contre,
« Lay Lady Lay » est une des pièces maîtresses de l’album (avec le mélancolique
« I’ll Threw It All Away »), un morceau languissant et envoûtant qui fut, contre toute attente de son auteur, un de ses hits les plus vendus dans le monde entier. Ecrite à l’origine pour le film
Macadam Cowboy, le réalisateur John Schlesinger lui préféra la chanson de Fred Neil interprétée par Harry Nilsson,
« Everybody’s Talkin’ ». En bon fan d’Elvis Presley, Bob Dylan lui lance un hommage vocal dans
« Tell Me It Isn’t True », aimable bluette sur un mari trompé.
Mis à part son accueil assez mitigé en 1969, on peut affirmer que même s’il n’atteint pas les cimes des précédents opus,
Nashville Skyline est un album de bonne facture où Bob Dylan explore avec simplicité et enthousiasme un genre qu’il a toujours aimé sincèrement et qu’il maîtrise aussi bien que les rois de Nashville.
François Bellion - Copyright 2013 Music Story