Il est fort regrettable que J.J. Rousseau (et bien d'autres!) n'ait pas eu l'occasion de voir ce film: il en aurait beaucoup rebattu de ses idées sur l'idyllique nature... Mais il faut bien manger, que diantre! et même déblayer le terrain de la concurrence en tuant gratuitement.
Ce documentaire est violent et de la violence la plus atroce, celle du vrai. L'on n'en apprécie que mieux les rares moments d'humour, tel l'écureuil 'farceur' et la tortue immangeable: mais nous oublions, repus que nous sommes, le drame sous-jacent à ce qui nous réjouit, la faim du prédateur et de ses petits, du tueur dont la fonction est indispensable au maintien des équilibres naturels (dommage que ce dernier point soit passé sous silence dans le commentaire).
Un travail remarquable, qui a demandé plus d'un an pour suivre la croissance de deux portées, l'une de léopards et l'autre de phacochères. Des images splendides (le tragi-comique des lions dans l'arbre, le solennel envol du grand-duc...) en séquences riches de sens. Et au bout du compte une expérience salutaire qui met en question nos utopies, nous montre dans la nature autre chose qu'un jardin à la française, nous fait comprendre que, comme l'écrivait St Paul aux Romains, la création, livrée au pouvoir du néant, a toutes les raisons d'aspirer à la libération de l'esclavage de la corruption, qu'elle gémit dans les douleurs de l'enfantement (cf. Rm 8, 19-22).