CHRONIQUE DE MICHEL LOUSQUET MAGAZINE BEST AVRIL 1977 N° 117 Page 83
1° Album 1977 Réf 33T : Affinity AFF6
National Health, ça veut dire sécurité sociale en anglais. Ce qui explique que la photo de la pochette ait été prise dans un hôpital. Mais s'il faut émettre un diagnostic, le grand malade est assurément l'industrie phonographique qui laisse végéter des créateurs à ce point bourrés de talent. Voilà des gens qui avec Hatfield and the north ont réalisés deux des disques les plus marquants du rock anglais d'il y a quelques années, qui forment un nouveau groupe, et qui vont voir les maisons de disques. S'il y avait une justice en ce bas monde c'est un tapis rouge qui aurait dû les accueillir. Au lieu de ça, c'est depuis trois ans l'incompréhension, le refus, le mépris ; les tapis rouges et fastes ne se déploient plus que pour les punks (à qui ça n'a d'ailleurs pas l'air de déplaire...) Imaginez que Steve Hackett n'arrive pas à trouver de maison de disque, et dites-moi si vous ne seriez pas révoltés comme je le suis actuellement.
Cela dit, ce disque de National Healt existe enfin, et c'est le principal. Et tous ceux qui l'attendent depuis des années ne vont pas être déçus. Cet album fait un peu l'effet d'une spirale ; dès la première écoute on est captivé par le riff de « Tenemos roads », que viennent éclipser les prodiges de Dave Stewart sur « Brujo », puis la majesté lyrique des thèmes de « Borogoves », qui à son tour s'efface devant la guitare qui débute « Elephants ». Et puis on remet le disque et l'enchantement recommence, on découvre de nouvelles splendeurs à chaque écoute, en une perpétuelle ascension. On a parfois qualifié cette musique de froide(Hatfield, c'était le nord, etc...) mais c'est absolument faux. Les membres de National Health sont des musiciens hyper compétents, mais cette compétence, au lieu d'être un but en soi, est mise au service de leur inspiration (qui est grande) et le résultat est assurément plus vivant et chaleureux que par exemple la plupart des disques de jazz-rock. Et je suis là pour certifier que l'on peut chanter du National Health le matin dans sa salle de bains.....Alors ne passez pas à côté de cet album superbe