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Ce premier album de J.J. Cale paru en 1971 aura demandé six jours de studio étalés sur presque un an. Ceci pour situer d'emblée le rythme de travail frénétique de celui qui reste le "lézard chantant" le plus inspiré de tout l'Oklahoma. J.J. y grommelle quelques mots au début de "Call Me The Breeze", sur un fond de boîte à rythme et de guitare basique, et déjà tout est là : les ingrédients maison, le son de la guitare feutré comme une paire de chaussons, les cuivres allusifs qui viennent par touches caresser des couplets. Ainsi "Call The Doctor" ou "Nowhere" semblent posés sur la branche du cyprès sous lequel J.J. Cale fait la sieste dans un hamac. Tout en s'étirant, l'homme de l'Ouest chante le blues, la country, le rhythm'n'blues, et fait cohabiter le mélancolique "Magnolia" et le turbulent "Clyde", le boogie paisible "Crazy Mama" et l'anthologique "After Midnight". Un style de vie qui devient un genre musical.
--José Ruiz
Critique
Il est de bon ton de saluer, souvent à raison, le caractère d’enregistrements faits à la maison des albums de J.J. Cale. Cela peut ainsi accréditer l’idée qu’il a suffi de s’asseoir devant un micro, de marmonner un texte presque incompréhensible et de trousser trois accords, pour clore les sessions de
Naturally.
Or, comme chacun sait, cela nécessite énormément d’énergie et de temps, d’offrir l’illusion de la paresse et l’artiste a dû s’y employer avec tous ses copains (comme Tim Drummond, batteur de Neil Young, certes, mais également de James Brown, ou Carl Radle, bassiste de Joe Cocker et Eric Clapton ou encore Weldon Myrick, qui aura promené sa steel guitar derrière Linda Ronstadt et Eric Clapton). Avant celle du public, ce premier album recueille en effet la reconnaissance des pairs du fils de l’Oklahoma.
D’autant que l’on peut considérer que la mise en chantier de ce coup d’essai a été rendue possible par le seul tube qu’ait jamais composé J.J. Cale, ce
« Crazy Mama » qui, exploité en single, lui offre une certaine autonomie financière des années durant. On remarque également
« Call Me the Breeze », plus tard repris par les p’tits gars de l’Alabama Lynyrd Skynyrd et par rien moins que Johnny Cash, une nouvelle version d’
« After Midnight » (en souvenir des jours heureux de 1965 à Los Angeles), après qu’Eric Clapton a attiré l’attention sur ce rythme nonchalant et son compositeur.
Tout cela naturellement veiné d’un sillon country, aux antipodes de la sophistication du rock de l’époque.
Naturally pointe le bout de son nez dans les charts pop, ainsi que les deux singles retenus,
« After Midnight » et
« Crazy Mama ».
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story