Eno a ses inconditionnels, mais beaucoup de réfractaires aussi. En gros, ce gourou du "new age", dépourvu de tout bagage musical, se serait borné à passer à la moulinette ce qui se faisait de mieux dans le moment. Ces critiques ne sont pas dénuées de tout fondement. Sauf qu'elles peuvent tout aussi bien concerner les Beatles, Bowie, Brian Ferry, Queen, les Depeche Mode, Radio Head, etc. etc. Sans parler de Bach, Mozart et Beethoven. Car l'invention ne naît jamais de rien. En quoi Eno est-il plus plagiaire que d'autres ? Tout simplement parce qu'il ne cherche pas à déguiser ses sources. Bien au contraire, il les assume et les revendique. Et les transfigure. Moulinette, peut-être, mais kaléidoscopique, magique, ensorcelante. Après tout, vous n'allez pas dans un trois étoiles pour manger du kangourou ou de l'ornithorynque. Un superbe bar de ligne vous suffira. Eno vous propose sa recette, généralement alléchante. Ici, tout simplement géniale. Bourrée d'une énergie, d'une violence sourde, d'une ironie mordante, d'un savoir-faire assez miraculeux et on ne peut plus British. Pas musicien, Eno ? Pour les sourds, peut-être. Ce Nerve Net tranche encore très fort, ravalant rap et techno au rang de sinistres guignolades. Que dire de plus?