Idées clés, par Business Digest
Ces entreprises radicalement nouvelles transfèrent le pouvoir des vendeurs vers les consommateurs et se mettent entièrement au service des clients.
Les communautés virtuelles suivent des lois économiques spécifiques
Les communautés virtuelles nécessitent une stratégie de développement privilégiant avant tout l'acquisition et la fidélisation de membres utilisateurs. Leur croissance demande un management «naturel», entretenant la communauté sans la contrôler de trop près.
Les communautés virtuelles imposent de nouveaux modes de gestion et d'organisation des entreprises
Les fonctions de vente et de marketing sont appelées à se rénover. Par effet de résonance, les communautés virtuelles vont transformer l'ensemble de l'économie.
--Ce texte fait référence à lédition Relié .
Business Digest
L'ouvrage se propose de donner aux entrepreneurs les clés de ce nouvel eldorado : comment construire une communauté, avec quels moyens et revenus ? Mais le principal mérite des auteurs est avant tout d'exposer clairement les principes de base, le mode d'évolution et les enjeux des communautés virtuelles. «Net Gain» est la prédiction d'une évolution inéluctable qui donne plus de pouvoir au consommateur, l'Internaute, mais aussi à une nouvelle race d'intermédiaires, les animateurs de communautés virtuelles. Car l'Internet et le commerce électronique leur permettent de jouer non seulement un rôle de prescripteur mais aussi celui d'intermédiaire et donc de marchand.
La supériorité d'une communauté virtuelle sur un support de presse ou une chaîne de télévision thématique est d'abord l'interactivité rendue possible par les technologies de l'Internet : possibilité de contredire les éditeurs, de demander un complément d'information, d'enrichir le contenu publié. C'est également sa capacité d'auto-animation. La contribution de ses membres à la création de contenu (exposé d'expériences d'achat, forums de discussion, classement de bonnes affaires...) doit être sans cesse encouragée car elle est tout à la fois source d'intérêt supplémentaire et gage de fidélisation des abonnés. Pour le consommateur membre, la somme de dix témoignages de clients vaudra mieux que l'avis d'un expert. Pour chaque transaction, en disposant d'une information fine, adéquate et indépendante, il sera en position idéale pour ne jamais payer plus que le prix de marché.
Pour l'entrepreneur-animateur, l'investissement de départ réside dans le recrutement des membres. Avant de pouvoir compter sur les ressources de la publicité et les commissions sur les ventes de produits et services à ses membres, il lui faut accepter une longue et périlleuse période pour atteindre une taille critique suffisante pour intéresser marchands et publicitaires. Période où les seuls revenus envisageables sont un abonnement forfaitaire ou la facturation de la consultation d'informations, donc des freins à l'acquisition de nouveaux membres ! D'où la nécessité d'investir des sommes conséquentes (2 millions de dollars selon les auteurs) sur une période de cinq ans tout en visant un marché potentiel international et pas seulement français.
Les auteurs affirment avec véhémence que les communautés d'intérêt vont modifier profondément la relation client-vendeur, l'organisation des entreprises et le commerce mondial. Si l'on peut certes prédire aujourd'hui à ces organisations un rôle important, rien ne dit que le principal modèle du commerce électronique sera celui de la communauté virtuelle. Tout reste à inventer et le vendeur peut espérer s'adresser efficacement à la communauté des Internautes autrement que par le truchement de communautés virtuelles «spécialisées».
Se pose enfin la question de la viabilité de ce modèle sur notre marché national. Par absence d'interactivité, le Minitel n'a pas su créer des communautés virtuelles. Le retard français en terme de taux d'équipement informatique résidentiel et de raccordement à l'Internet est flagrant. Il y a donc fort à craindre que les principales communautés virtuelles en France ne soient pendant longtemps que le prolongement de communautés d'envergure mondiale et trop souvent américaines. Que pèse aujourd'hui Infonie ou Wanadoo face à AOL et ses 10 millions d'abonnés ? En outre, plus que les Français, les Américains vivent au rythme de communautés : Églises, clubs, vastes organisations politiques et lobbies... Les Français, qui leur préfèrent des millions d'associations, moins puissantes, plus discrètes et plus locales, mettront plus de temps à donner raison à «Net Gain».
Le Bill Gates de la Communauté Virtuelle sera peut-être français, mais il vivra à San Francisco. -- Gilles Huguenin -- --Ce texte fait référence à lédition Relié .