7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Quand Rock rime avec Hip Hop, 15 janvier 2005
Mos Def est un afrocentriste et cet album au son rock, ses fans les plus perspicaces avaient du le voir venir...
Déjà, dans Lyricist Lounge Vol. 1, son titre ne se nommait-il pas "Body Rock" ? Après quoi, il y a eu "Rock N Roll" sur son premier album et un "Feak Daddy" à base de guitare à distorsion sur le Lyricist vol. 2... Lui-même le disait : "I am Hip Hop, I am Rock N Roll" sur le même "Rock N Roll".
Mos Def est un MC, certes mais c'est avant tout un artiste avec une vision personelle de son art, possédant une ligne directrice et s'y tenant.
Son précédent opus était une sorte de synthèse de la Musique Noire dans ce qu'elle avait de plus beau et de plus fort ; une fusion du Jazz, de la Soul et du Hip Hop. Désormais, il y a rajouté ses dernières touches : le Rock et le Blues. Il a même son propre groupe, Black Jack Johnson.
Il n'est toujours pas question ici de Hip Hop, et moins encore que dans "Black...", mais de Black Music ; c'est presque un manifeste, un mouvement de défense. Et dans ce domaine, Mos Def n'a rien à prouver.
Son flow est toujours aussi fort, voire même plus crue qu'auparavant, à croire qu'il voudrait se distancer du positivisme jazzy-soul de ses prédecesseurs pour mieux avancer. A ce titre, le meilleur exemple de ce que peut faire Mos Def est "Zimzallabim" : jazz à base de guitares à disto sur flow impeccable.
Aussi cette poésie planante sur d'anciennes chansons telle que "Climb" ou "Umi Says", ou même "Love" n'est plus.
Cependant, il chante toujours, comme sur "The Boogie Man Song" où il joue d'ailleurs du piano ou "The Panties".
Ses références au passé sont toujours présentes : "Don't Push me cause I'm close to the edge..." de Grand Master Flash sur... devinez laquelle. Il y a même un hommage à Marvin Gaye avec "Modern Marvel"
Mos reste afrocentriste, engagé et conscient ; et il a évolué c'est indéniable, plus dure, plus crue, moins poétique. Il ne s'agit plus ici de dire aimez-vous mais de prendre les devants.
Ainsi, cet album est celui d'une certaine maturité. Presque. Mos possède déjà les couleurs pour parachever son oeuvre, il a aussi le coeur et une technique, il ne lui manque que l'instant magique : cet opus est bon, très bon, certainement un des meilleurs skeuds de 2004, voire peut-être, qui sait, un futur classique. Mais ce n'est pas encore l'Album. Bientôt qui sait...
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5.0 étoiles sur 5
Magistral, 5 décembre 2009
Dans la sphère attractive du hip-hop inventif et prêt à toutes les remises en question, Mos Def incarne l'une des plus majestueuses et intrigantes facettes.
Personnage protéiforme dont le talent n'a d'égal que la polyvalence, invité fugace et flamboyant sur les aeuvres de ses contemporains, publicateur parcimonieux malgré une abondance de production assez évidente... le zèbre a de quoi fasciner médias et public, avides de nouvelles saveurs autant que d'icones instantanées.
Il y a pourtant de quoi être aspiré dans l'univers incroyable de Mos Def, dont The New Danger (2004) n'était que la deuxième livraison - après Black on Both Sides six ans plus tôt - et peut-être la plus convaincante et homogène à ce jour.
On a affaire ici à un sublime et nébuleux patchwork sonore, dans lequel se frôlent et s'embrassent de multiples essences (gospel, rap, soul, funk, rock), où se télescopent douceur moelleuse (« The Boogie Man Song », ou « Modern Marvel », hommage délirant à Curtis Mayfield comme seuls The Roots auraient osé en façonner) et brutalité délectable (les grooves proto-hard rock de « Freaky Black Greatings » ou « Zimzallabim », propulsés notamment par les claviers-dingo de Bernie Worell, membre fondateur de la galaxie Parliament/Funkadelic)...
On reste baba devant cette avalanche de titres extrêmement bien ficelés et jouissifs (le hip-hop rocailleux et hypnotique de « Ghetto Rock », le boogie envoûtant de « Bedstuy Parade and Funeral March ») et l'audace du bonhomme, qui a réussi à dénicher le porté disparu Shuggie Otis, pour un superbe « Blue Black Jack » dans lequel Otis travaille sa guitare au corps avec génie...
Certes, un tel album, riche de dix-huit chansons, ne peut qu'accuser un léger coup de mou à mi-parcours, et une micro-poignée de morceaux s'avère un peu moins convaincante : le rebattu « Sunshine » ou le moyennement transcendant « Close Edge ».
Mais Mos Def reprend vite du poil de la bête avec « The Panties », autre hommage délicat (à Marvin Gaye celui-là), le bouillonnant « War », qui rappelle les traits de génie du Prince des années 90, ou encore « Grown Man Business (fresh vintage bottles) », B.O. potentielle pour un improbable film blaxploitation du XXIème siècle...
Malgré un état d'esprit souvent sombre (« This whole world is cold and ugly », déclare M.D. dans un chant plaintif, dès le morceau d'ouverture) et d'occasionnels passages à vide, l'album est puissamment exaltant, palpitant, et bourré de bonnes surprises...
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