Oui, les années 90 ont été capables de produire d'immenses albums rock. C'est le cas de ce disque assez méconnu, d'un groupe quelque peu ignoré du grand public, et qui pourtant regorge de richesses infinies, de morceaux d'une beauté proprement éblouissante. Oui, Luck Haines, l'auteur-compositeur, est un artisan de génie, aussi à l'aise avec les morceaux rapides, très rock, au son saturé ("American guitars", "Idiot brother", "Early years"), qu'avec les ballades pop aux arrangements luxuriants et à la beauté onirique, céleste ("Bailed out", "Junk shop clothes" et les fabuleux "Valet parking" et "Starstruck"). Une musique qui traverse la nuit étoilée, se tapit en secret dans l'herbe humide, se joue malicieusement de nos songes, dévoile nos rêves et nos fantasmes d'enfance comme elle en signe l'abandon amer et désabusé. De la pure poésie, une grâce ineffable, comme une illumination venue d'ailleurs. A l'instar de toute pop anglaise qui se respecte, cette musique est une énigme, d'où vient-elle, où va-t-elle ? Elle préserve à jamais ses mystères, les retient en son sein, digne héritière des Zombies, des Kinks, du troisième Who ("Sell out"), et autres Beatles, mais aussi du Bowie glam-rock d'"Aladin Sane"...Chaque titre de l'album est un chef-d'oeuvre, chaque titre possède au moins un passage exceptionnel où tout se remet en question, où l'on frissonne tant il nous sert de guide pour nos percées vers l'infini. Un album magistral, éternel, à mes yeux l'un des cinq meilleurs de tous les temps, ni plus ni moins.