Ce recueil regroupe les épisodes "New X-Men" ("X-men Legacy", ici renommés "New X-men" pour donner le ton de la rupture et du retour aux sources) 114-121 et "New X-Men Annual" 2001. C'aurait pu être une réédition économique de la version deluxe publiée en 2005 par Panini Comics (
New X-Men : E comme Extinction), soit les épisodes 114 à 126 (plus l'annual), mais ce n'est pas tout à fait le cas. En effet, l'ancienne version deluxe était particulièrement volumineuse, surtout qu'elle contenait également le "manifeste Morrison", une sorte de making-off rédigé par le scénariste lui-même ainsi que des croquis préparatoires.
Il s'agit donc d'une nouvelle édition du "run de Morrison", qui s'étendra probablement sur 4 tomes, mais avec un découpage différent. L'album est publié ici avec couverture souple et format comics traditionnel, sans le manifeste ni aucun bonus.
Grant Morrison est très créatif, on le sait. Il est connu pour sa capacité à revigorer les anciennes franchises qui s'essoufflent. C'est le cas ici. La série mutante brille de mille feux, notamment ceux des projecteurs, puisqu'elle fut particulièrement exposée à la critique lors de sa parution.
Avec le recul, il y a beaucoup de choses qui peuvent déranger dans ces premiers épisodes.
Dans la forme, je les trouve souvent brouillons. Il y a beaucoup de ruptures de ton et les personnages changent souvent de conversation d'une façon totalement surréaliste ! On peut ainsi voir des discussions intimes se transformer soudain en commentaires sur ce qui se passe ailleurs. Au lecteur de trouver le raccord ! Certains épisodes sont agaçants dans leur mise en forme "arty", la palme revenant à celui, exempt de texte, qui voit le Professeur Xavier lutter dans le ventre de sa mère contre son futur et fatal ennemi... Ou encore cet "annual" se lisant le livre en travers (je déteste ça...) et ne trouvant son explication que lors des épisodes suivants, ce qui revient à dire qu'il faut accepter de lire certains épisodes en ne comprenant strictement rien sur le moment, mais en se souvenant de ce qui s'est passé pour raccorder le tout ensuite !
Enfin, le changement de dessinateurs (environ tous les 2 épisodes) vient carrément desservir l'ensemble. La série est visuellement conceptualisée par Frank Quitely. C'est un dessinateur brillant, élégant et raffiné. Il redéfinit d'entrée de jeu le look et le physique des personnages. Mais son travail sera mis à mal par les deux autres dessinateurs qui interviennent par alternance. Si Ethan Van Sciever assure pour la mise en page et le dessin global, sa caractérisation des personnages, notamment dans les gros plans, ne possède jamais la finesse du travail de Quitely. Quant à Igor Cordey, il souffre tellement de la comparaison avec les deux autres que son dessin paraît carrément atroce !
Dans le fond, malgré une volonté affichée de retrouver la verve des années "Claremont/Byrne" qui firent la gloire de la série, il y a également de quoi tergiverser. D'abord avec les 16 millions de mutants tués à Genosha. On nous boucle ça en quelques cases à peine : Personne ne se défend ! Voir le grand Magneto, certes convalescent, regarder la mort (soi-disant) lui tomber dessus sans rien faire alors qu'un simple geste lui permettrait de volatiliser toutes ces sentinelles, c'est plutôt surprenant !
Mais pour le reste... Vive le changement !
Sitôt arrivé à son poste, Morrison a tellement fait le ménage que le lecteur ne reconnaît plus personne. En guise de X-men, il n'y a plus que Cyclope, Jean Grey, Wolverine et le Fauve. Tous les autres sont des élèves totalement inconnus et réduits à l'état de figurants. Les nouveaux venus sont carrément glauques et malsains. "New Angel" inspire une rare antipathie, les autres ne sont que des dégénérés. Terminé "l'homo superior", place aux freaks ! Un homme oiseau cauchemardesque (le "Bec"), un tas de gélatine au squelette apparent, des monstres de foire à foison... Le malaise domine !
Ce changement de ton est un bonheur (il y a du sang et des larmes, enfin ! Les griffes de Wolverine font saigner et les rayons de Cyclope tuent, enfin !). Les personnages souffrent de façon viscérale et le suspens fonctionne à plein régime. Le nouveau look est rafraichissant et tellement plus crédible, tellement moins ridicule que par le passé (Design affuté pour un retour à l'uniforme, le noir comme dominante, un grand "X" jaune sur les coutures) !
Les nouveaux méchants (Cassandra Nova !) feront date, Morrison n'ayant pas son pareil pour marquer son run d'une pierre blanche en créant des "scoop" indélébiles !
Les personnages s'étoffent peu à peu. Ceux que nous connaissons sont réinventés et prennent de la hauteur. Les nouveaux-venus, au départ malsains et insupportables, se révèlent peu à peu dans toute leur profondeur.
Les anciennes sagas, telles la "Saga du Phenix" ou "L'Arme X" seront bientôt reprises et poursuivies dans un mélange entre hommage et réinterprétation.
Les relations entre les personnages principaux sont peu à peu enrichies, sans que l'on s'en rende compte, pour exploser dans la fureur et les larmes au terme du run de Morrison.
Et puis, quel plaisir de relire, comme dans le temps, des histoires qui se suffisent à elles-mêmes et qui n'obligent pas le lecteur à suivre des crossovers à travers de multiples séries dérivées dont souvent, on se fout royalement !
En conclusion, cette lecture m'a certes parue bancale. Confuse, inégale à tout niveau, gorgée d'incohérences et de fautes de goût. Alternant des passages crédibles et des segments indigestes et surréalistes, des moments forts et d'autres complètements ratés.
Et pourtant, on passe un très bon moment de lecture, car ce changement de ton fait réellement plaisir.
J'ai lu ces épisodes avec une telle vitesse que je me dis que c'est tout de même un gage de qualité. La verve Morrison, ça a du bon !