Voici sans doute le film d'action le plus angoissant jamais tourné. Le scénario - basé sur le concept du compte à rebours - est des plus tendus, les décors absolument fabuleux, le héros épatant et anti-conformiste à souhait et la mise en scène de Carpenter, touchée par la grâce. La sobriété narrative du metteur en scène, sa bande-son oppressante et son sens de l'atmosphère font mouche, on est cloués à notre fauteuil.
John Carpenter, malgré un budget limité, a réussi à rendre à la fois spectaculaire et angoissante la Grosse Pomme new-yorkaise, peuplée de tous les éléments jugés indésirables par la faussement puritaine Amérique (gangsters, drogués, clochards, dissidents...). Son film est - avec "Mad Max 2", réalisé en cette même année 1981 - le premier du genre SF à prendre le chemin de la barbarie. On est loin ici des décors impeccables et des costumes style pyjamas de "Star Wars" et de "Star Trek". Les décors sont ici ceux de fin du monde et les costumes sont déchirés, bariolés... sans compter l'avenue Broadway où pullulent des adeptes de la magie noire (on est loin de Woody Allen). Le tout sous les yeux d'une Statue de la Liberté qui fait office de mirador à ce gigantesque camp de concentration. Ici, c'est l'action qui prime, d'autant plus que tous les personnages sont des fripouilles. Des détenus sans foi ni loi d'un coté, des flics retors et hypocrites de l'autre, et au milieu, Snake Plissken, personnage aujourd'hui légendaire mais qui ne vaut pas mieux malgré ses décorations de guerre; et que dire du président qui se comporte en véritable lâche dans l'action et oublie bien vite ses sauveurs.
Côté casting, c'est celui des extrêmes. Kurt Russell, impeccable dans la peau de Plissken, hérite ici de son premier grand rôle au cinéma (un rôle en or); à l'inverse, c'est le dernier rôle intéressant du grand Lee Van Cleef. Harry Dean Stanton quitte un lieu clos - le Nostromo de l'"Alien" de Ridley Scott - pour mieux plonger dans un autre; quant à Donald Pleasence, il surprend dans un rôle à l'opposé total de celui du bon docteur Loomis de "Halloween". James Cameron (qui opère sur les maquettes et les effets spéciaux, son tout premier travail au cinéma, trois ans avant "Terminator") et Jamie Lee Curtis, dont on entend la voix en ouverture du film - dans la VO, bien entendu -, sont également de la partie.
Tous ceux qui possédaient l'édition DVD précédente, frustrante et dépassée, de ce grand classique de la SF vont pouvoir se délecter de celle-ci, qui nous propose enfin l'image Cinémascope dans son intégralité, un son digital 5.1 de toute beauté - on est loin du pauvre mono de chez TF1 Vidéo! - et des bonus alléchants, en particulier un doc regroupant des interviews de jeunes cinéastes contemporains directement influencés par Carpenter, notamment Vincenzo Natali, l'auteur de "Cube". On trouvera également un CD contenant une partie de la très oppressante bande originale du film - une première! Le film n'en prend que plus de relief, et sa beauté sordide de nous surprendre encore et toujours. C'est très noir, c'est même désespéré, c'est virulent, mais c'est un 'must'! Le meilleur Carpenter.