En 1965, tandis que la vague yéyé annihile le mental de la jeunesse hexagonale sous des torrents de sucreries,
Hugues Aufray Chante Dylan. L’album des onze adaptations de son jeune maître par le pionnier du folk français est quasi introuvable aujourd’hui, mais près de 45 ans plus tard, le barde ouvre un deuxième chapitre.
«
New Yorker », chanson qui ouvre et donne son titre à cet album, raconte sur le ton de la confidence cette amitié sincère et au long cours entre le cow-boy ardéchois et le mythe voyageur américain. S’ensuit une série de duos avec la fine fleur de la chanson d’ici, qui fait un sort à une série d’autres adaptations. Seule
« La Fille du Nord » (ici avec Eddy Mitchell, plutôt crédible sur l’exercice) était déjà présente sur le premier chapitre.
Carla Bruni est hors sujet, Laurent Voulzy n’est pas fait pour chanter Dylan, Johnny Hallyday non plus, et Birkin, comme Souchon ou Lavilliers, fait son possible, tandis que Cabrel joue le régional de l’étape. Didier Wampas, comme Arno, est impeccable dans le rôle, et on se prend à regretter le choix de cette génération de séides sexagénaires, plutôt que d’avoir fait appel à Miossec, Murat, Darc, Arthur H et consorts.
Il n’en reste pas moins qu’Hugues Aufray, sur le répertoire de Dylan, est en parfaite osmose, il existe entre sa voix, ses mots, et les mélodies de Zimmerman une adéquation idéale. Et de ces duos, on en vient naturellement à regretter qu’ils prennent sa place, d’ailleurs il termine l’album par deux chansons en solo, et on touche alors à l’indicible : l’émotion pure, transportée tout au long de
New Yorker par une instrumentation folk rock tout à fait digne (harmonica, pedal steel : on a la gorge serrée par l’âcre poussière de l’Americana bien comprise).
Ce projet, certes calibré pour se faire remarquer, ne sera complètement réussi que s’il induit une suite : la réédition du premier, et l’enregistrement, dans les mêmes couleurs boisées, de TOUTES les adaptations de Dylan par Aufray, par lui-même.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2013 Music Story