Ce tome fait suite à
Scattered 1 (épisodes 1 à 4, ou 31 à 34 suivant la numérotation originale). Il contient les épisodes 5 à 9 (ou 35 à 39 dans la numérotation originale), parus en 2011.
Bethany vient de découvrir qui se cache derrière la combinaison noire et le masque opaque, c'est à dire qui est responsable de l'éparpillement de Tony Murcheson, Jazz et Nathan. Ce dernier est toujours sous le scalpel d'un médecin dans un camp de concentration pendant la seconde guerre mondiale, jusqu'à ce qu'un nouveau saut le projette à une autre époque dans une situation tout aussi intenable. Tony continue de souffrir le martyr (littéralement) dans une plantation située dans un état sudiste, dans les années 1860. Jazz se meurt de la peste (ou une autre maladie tout aussi contagieuse et létale). Entre en scène un trio de gugusses issus du futur : Gil, Cat et George. Alors que Tony devient de plus en plus une héroïne au sens noble et courageux du terme, Gil et consort essayent de déterminer comment gérer les paradoxes temporels provoqués par les voyages dans le temps des Next Men.
Dans l'introduction du tome précédent, John Byrne annonçait que l'histoire "Scattered" correspondait en gros à ce qu'il avait envisagé dès 1994, à la fin de la première saison. Il précisait également qu'il avait condensé la narration pour obtenir un récit plus rapide. Il est vrai que plusieurs passages (moins de la moitié du tome) sont copieux en dialogues explicatifs. Byrne se coince lui-même et se retrouve à plus expliquer qu'à montrer, ce qui dans une bande dessinée aboutit à des passages laborieux.
Comme dans le tome précédent, l'odyssée de Tony Murcheson est vraiment poignante, malgré la quantité phénoménale de souffrances qu'elle doit endurer. Byrne donne l'impression de se complaire une fois ou deux dans les séquences brutales et sadiques vis-à-vis d'elle. La charge contre l'esclavage est vraiment appuyée. D'un autre coté, les images évitent un voyeurisme malsain, tout en ne laissant planer aucun doute sur la cruauté du maître de la demeure. À nouveau, il est visible que cette partie du récit tient à coeur pour Byrne par le soin qu'il apporte aux décors d'époque. La narration est toujours aussi fluide et Abraham Lincoln en impose du haut de ses 1,93 mètres.
L'autre fil conducteur du récit repose sur le démêlage de ces voyages dans le temps, dans leur raison d'être, et leur impact sur la réalité des Next Men. Dès le prologue de la série (l'épisode appelé 2112), Byrne avait montré que les déplacements dans le temps sont partie intégrante du récit. Il vaut mieux que le lecteur ne soit pas allergique à ce dispositif narratif, et même qu'il se prépare à une très forte dose. Byrne n'étant pas le premier venu, il a préparé une structure solide qui permet à la fois d'assurer la logique interne du récit, et à la fois de proposer autre chose que les clichés attendus dans ce type d'histoire. Il subsiste quand même une ou deux explications moins convaincantes que les autres. Il faut dire qu'après 3 pages consécutives de personnages en train d'expliquer les uns aux autres comment ça marche, le lecteur le plus compréhensif peut finir par se lasser et devenir un peu tatillon. En particulier, comme tous ses collègues scénaristes, Byrne a du mal à être convaincant quand il tente de rationnaliser la raison pour laquelle les chrononautes sont limités dans leurs déplacements temporels. En théorie, une fois que les voyageurs dans le temps ont repéré le moment fatidique, il leur suffit d'intervenir 5 minutes avant pour éviter la catastrophe. Et même alors s'ils se rendent compte qu'ils sont un peu juste, ils n'ont qu'à intervenir un jour ou une semaine avant sur l'une des branches de l'arbre des causes pour que la succession d'événements se déroule autrement. De la même manière il élude habilement la question de voyage dans l'espace, indissociable du voyage dans le temps ne serait-ce que parce que la terre tourne sur elle-même.
Donc au fil des pages, le lecteur est invité dans un imbroglio inventif, à défaut d'être dénué de couacs. Plus les Next Men et les chrononautes tentent de remédier aux écarts, plus le temps boucle sur lui-même dans des cycles imbriqués inextricables.
La mise en images est toujours aussi facile et agréable à lire. Byrne a toujours un peu de mal à limiter le nombre de personnages se tenant la bouche ouverte du fait de la surprise ou de l'effort. Par contre, il est agréable de revoir d'anciens personnages qui se reconnaissent immédiatement, signe que leur conception graphique avait été soignée pour qu'ils soient uniques et mémorables. Il fait un peu moins d'effort pour les scènes se déroulant dans le laboratoire futuriste (des dalles blanches enchevêtrées peu séduisantes). Pour le reste, les images contiennent leur part d'informations qui complètent les dialogues, au-delà des actions effectuées par les personnages. L'épisode 38 amène le lecteur à suivre un autre individu issu du projet Next Men dans un voyage à travers quelques décennies (dans le bon sens, celui des années croissantes) avec à chaque fois les décors qui attestent des années qui passent par des éléments d'anticipation de plus en plus sophistiqués et éloignés de notre présent.
Ce tome est un peu moins réussi que le précédent car les abus de voyages dans le temps font toujours mal à la tête et exigent une bienveillance accrue de la part du lecteur. Les personnages sont toujours aussi attachants, avec à nouveau un Next Men qui sort du cadre du héros pour oser faire valoir son individualité, ses doutes, et son manque de courage. Les Next Men se retrouvent à une autre époque dans
Aftermath (épisodes 40 à 44).