Soixante ans se sont écoulés depuis ce mauvais coup à la hanche que Maurice a reçu pendant la récréation en 1942.
Comme pour exulter son mal, celui qui ronge son âme d'être sorti de cette machine effroyable qu'était le nazisme, parce qu'il se sent coupable d'être, lui, en vie, comme pour libérer son coeur et sa conscience, comme pour soulager sa souffrance languissante. Maurice Grosman nous livre son enfance douloureuse, sans se larmoyer sur son sort, sans même s'apitoyer alors qu'il en aurait toute les raisons. Cette enfance qu'il n'a pas eue, ou plus précisément qu'on lui a volée, mais qui, comme il le dit lui-même, « par chance » d'avoir été gravement blessé et d'être passé si souvent aux frontières de la mort, s'est sortie dans la résilience, de l'horrible noirceur de la déportation juive.
Il a su en adoucir la lecture en apportant quelque peu un côté romancé à son récit autobiographique. Il se peut que la mémoire lui ait joué des tours sur quelques dates ou détails, alors il s'en excuse en Postface. Mais cela n'enlève rien à la réalité vécue, car l'essentiel des sentiments de ce récit qu'ont été pour lui : la solitude, l'angoisse de ne pas savoir, le traumatisme du devenir, et l'incroyable énergie déployée pour sa survie, toutes ces émotions fortes, il a su nous les retranscrire et nous les faire partager au point de compassion.
Ce livre témoignage écrit avec une très grande pudeur, m'a bouleversé.