Après les épisodes « Memorial » et « Under Satanae », dans lesquels Moonspell se retournait, parfois avec une certaine complaisance, vers son passé, on pouvait craindre que le groupe n'avance plus, ne surprenne plus, comme c'était son habitude avant. On attendait donc ce « Night eternal », annoncé par une promo assez imposante, avec impatience... Et après plusieurs écoutes, c'est le pied !
L'album tant attendu s'ouvre sur une intro narrative sur fond de boléro-metal ( !), très cinématographique, oppressante, qui installe l'auditeur dans l'ambiance noire et inquiétante de ce nouveau CD, avant de laisser exploser l'épique « At tragic heights » ! Du grand art ! Guitares sauvages, entremêlées avec bonheur, heavy comme sur « Memorial », ou en arpèges, claviers aux ambiances orientales, rythmiques puissantes, allant parfois jusqu'au black par instants, tout y est... N'oublions pas Fernando, grand prêtre de Moonspell devant l'Eternel, et plus en forme que jamais : contraste constant entre narration, chant mélodique, murmures, et agressivité quasi démente (« Night eternal »).
Ce qui surprend également (car jusque là, on était en terrain connu - cf. « Moon in mercury », qui rappelle de façon appuyée « Opus Tenebrarum », sur « Satanae », ou « Dreamless », qui ressemble à du Moonspell « classique »), c'est l'utilisation des vocaux féminins, dosés avec plus de subtilité que dans la plupart des du même genre, et cela prouve que, même si le groupe revient à ses racines, il y a eu du chemin depuis « Love Crimes », sur le premier album ! La présence de la femme s'explique par la thématique de l'album, qui est celle du paganisme, de la souffrance de la Terre Mère (« Our world is dying », hurle notre bon Fernando), maltraitée par les hommes. Dans l'ésotérisme, l'image de la femme (méprisée par la mythologie chrétienne), se confond souvent avec celle de la déesse mère, la Terre. Fin de la leçon - sachez juste que l'acmé de ce mélange se trouve dans le superbe « Scorpion flower », avec Anneke van Giersbergen (Agua de Annique, ex-The Gathering), un single quasi parfait dans la tradition des « Everything invaded » et autres « Opium », accrocheur mais très travaillé.
Finies donc les expérimentations, Moonspell cherche moins, mais réussit à se renouveler en se baladant à travers le très large panel de styles qu'il est capable d'aborder. Un peu comme Paradise Lost avec « In requiem », il propose la synthèse mature et réfléchie de ces différents styles, et propose un album moins monolithique que « Memorial », et sans les faiblesses mélodiques que pouvait avoir « The Antidote ». Franchement excellent, et parfait comme introduction à la musique du groupe, pour ceux qui voudraient découvrir.