5.0 étoiles sur 5
relecture passionnante ou violence esthétique : à chacun de juger, 6 janvier 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Nikolaus Harnoncourt : Johann Strauss in Berlin [DVD audio] (DVD audio)
Il y aurait tant à dire sur les notes d'accompagnement, dans lesquelles Harnoncourt explique, ou plutôt n'explique pas : assène, qu'il faut être viennois pour posséder le style viennois. Le paradoxe est que ces propos soient censés défendre un disque où la musique de Johann Strauss est jouée par l'Orchestre philharmonique de Berlin.
Au-delà des contingences temporelles, contractuelles... des industries musicale et discographique, peut-être le chef avait-il besoin de se construire une crédibilité dans ce répertoire ailleurs, là où c'est lui qui est autrichien, avant d'y affronter les Wiener Philharmoniker, qui sont parfaitement capables de le jouer sans faire à un chef qu'ils estiment moins légitimes qu'eux l'aumône d'un regard. Avant Berlin, son premier disque de pièces orchestrales straussiennes avait été réalisé à Amsterdam.
Peut-être aussi, moins stratégiquement, Harnoncourt avait-il besoin de cette déterritorialisation pour instaurer une tension créatrice, comme si un contexte étranger (il est pourtant né à Berlin) faisait remonter à la surface son fond viennois, comme par un effet de nostalgie d'exilé.
Car ce disque parle de nostalgie qui idéalise la patrie et l'enfance, et de tension entre l'ici et l'ailleurs. Le chef met l'accent sur la dualité des grandes valses, partagées entre la pulsion terrienne du rythme de danse et l'aspiration à l'idéal qui s'exprime dans les mélodies, qu'on a rarement entendues aussi sublimement éthérées, au bord de l'évanescence.
En cela, il me semble qu'Harnoncourt s'oppose à toute un courant interprétatif "traditionnel" qui cherche précisément l'unité, la simplicité de ces pièces censées refléter le bonheur d'un monde sans conflits ni déchirements.
Chacun sera donc libre de voir ici soit une réappropriation fascinante d'un répertoire enfin considéré comme riche de sens, ou à l'inverse une sollicitation du texte, ou plus exactement une spéculation sur son sens, dénuée de pertinence, voire à contresens.
En effet, Harnoncourt s'autorise de la préférence pour la valse jouée lentement attribuée à Johann Strauss pour suivre des tempi assez larges, ce qui lui permet au passage de se livrer à un travail maniaque du détail, mais aussi d'imposer un ton très particulier d'expectative quelque peu inquiétante, un climat auquel les sonorités des Berliner (et de la Philharmonie) ne sont pas pour rien.
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