Formellement, les Stranglers n'avaient pas grand-chose de punk. Ils savaient jouer. Ils composaient des chansons variées et étaient dotés d'une solide culture classique (Doors, King Crimson). Certains avaient les cheveux longs et yen avait même un qui portait une moustache (or il n'y a rien de plus antinomique qu'un punk et une moustache).
Pourtant ils étaient considérés comme un des quatre fers de lance du mouvement avec les Pistols, les Clash et les Jams. C'est que les Stranglers étaient dotés d'un bassiste sévèrement Burnel. Prénommé Jean-Jacques, le quidam avait, lui, tout du punk. Du punk inquiétant même (il faut l'avoir vu dessouder un spectateur à la Mutualité pour se faire une idée de la tendresse immanente du bonhomme). La marée chaussée niçoise eut également fort à faire quand nos Anglais y déposèrent un soir leurs amplis.
Bref, les Stranglers n'étaient pas punks au sens Damned du terme, à savoir branleurs et rigolards. Ils étaient aussi méchants que leur musique était hargneuse et ils prenaient leur affaire au sérieux. Mais elle en valait la peine cette affaire. Car cette hargne s'exprimait à coup de chansons toutes excellentes, voire emblématiques, et était enrobée dans une pâte sonore remarquable faite d'une basse surexposée et de boucles de farfisa héritées directement de la bande à Manzarek. Quant au chanteur, Hugh Cornwell, il éructait ses paroles « explicites » avec un aplomb très réjouissant.
Tous les groupes punks avaient sorti un second album très rapidement après leur premier essai. Et tous s'étaient plantés (Jam, Buzzcoks, Sham 69, Generation X entre autres). Tous sauf les Stranglers qui, six mois après le pourtant formidable « Rattus norvegicus », nous assénaient ce « No more heroes» dont le titre éponyme deviendrait un des étendards du mouvement des cheveux à crêtes.
Avec cet opus rempli de pépites (formidables « Dead ringer », « Bring on the nubiles », « Bitching »), les Stranglers plantaient leur dernière banderille punk et s'apprêtaient à suivre un parcours aventureux, sinueux, mais toujours inspiré, foncièrement honnête et très classieux, ce qui vous pose une carrière, quand même. Un parcours émaillé de titres qui ont marqué leur époque (« Golden brown », « Always the sun », « Midnight summer dream », « Skin deep » la liste est longue).
RIP