Certains évoquent le demi-sourire désabusé de Hubert-Félix Thiéfaine (après tout, la Franche-Comté n’est pas si éloignée de Strasbourg). D’autres, plus mutins, la blondeur de Dave (après tout, la Hollande…).
En tout état de cause, première première, avec ce cliché de recto de livret, où l’Alsacien nous fixe, sans morgue ni faux-fuyant. Mais
No Sport est par ailleurs novateur à plus d’un titre, puisque c’est surtout l’album où Rodolphe Burger prend pour la première fois la plume, pour coucher sur des rythmes telluriques des mots d’acidité, et de glace (ou, simplement participer à la rédaction des histoires qui s’appuient sur les mélodies).
Au chapitre des constances, saluons la voix, toujours sépulcrale,, comme un gros chat, s’avérant en fait un félin bien plus conséquent (sous Burger pointe toujours le danger), tapi dans la nuit de la forêt (noire, comme il se doit).
Onze années plus tard (et l’album
Meteor Show), on retrouve le producteur Doctor L, grand pétrisseur de la pâte sonore du bonhomme, et s’invitent également à la porte du studio l’arrangeur virtuose Vincent Artaud, ou (allons-y) une classe entière du conservatoire National de Strasbourg.
Et puis, les amis ont tenu à exprimer à satiété ce qu’est un duo avec Burger (rencontre, émotion, et tension), ce qui explique la présence ici de James Blood Ulmer (grand libertaire de la guitare jazz américaine), et de Rachid Taha.
Au final, quatorze chansons enregistrées à la maison (rustique, la maison), et inspirées – plutôt qu’influencées – par Robert Johnson (bluesman diabolique) et Ali Farka Touré (saint homme de la guitare à une corde), pour un album qui reprend à son compte le secret de la longévité de Winston Churchill, premier ministre britannique ébranleur de nazisme : surtout, jamais de sport.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story