Le dernier disque de Hole (« Celebrity skin »), c'était il y a bien longtemps ... au siècle dernier, même. Alors, autant dire que Courtney Love, la veuve Cobain, la Yoko Ono grunge, on l'avait quelque peu oubliée. D'autant plus qu'elle faisait moins parler d'elle, guère de traces ces dernières années de déclarations fielleuses, de procès en cascade, de scandales héroïnés, d'exhibitionnisme prévisible... ou alors ça n'intéressait plus grand-monde et la presse n'en parlait même pas...
Courtney Love revient donc. Sous l'intitulé Hole, ce qui en agace cependant quelques uns, car on ne trouve pas trace de ceux et celles qui l'accompagnaient dans les 90's. Franchement, on s'en fout, tant Hole était un groupe entièrement sous la coupe de Courtney Love. Exit donc Erlandson et AufDerMaur, et place aux nouveaux, parmi lesquels le guitariste Micko Larkin, co-auteur de pas mal de titres, et également co-producteur de ce « Nobody's daughter ». Au générique de ceux qui ont participé à l'écriture se retrouve l'ami-ennemi Billy Corgan des Pumpkins, et la chartbusteuse Linda Perry.
Musicalement, Hole nous sert un disque de rock avec plein de grosses guitares rageuses, sans aucune concession à un quelconque air radiophonique du temps, et qu'on ne risque pas d'entendre dans un salon de thé chicos. Et on sent que la Courtney s'est investie dans ce disque, notamment au niveau du chant. Au fil des morceaux, on l'entend hurler, gémir, susurrer, déclamer, ... un chant qui sent la vie, l'amour, la mort, la haine, pas une performance policée en studio... Et l'on est souvent surpris par la similitude qui existe au niveau des inflexions vocales avec la Marianne Faithful revenue des 60's et de tous ses excès, livrer ce monumental album mature et triste qu'était « Broken english ».
Tout n'est pas parfait dans ce « Nobody's daughter ». On peut regretter la pop geignarde de « For once in your life » (merci Linda Perry), titre sur lequel Courtney minaude visiblement à contre-emploi ; laisser de côté « Skinny little bitch », déluge de grosses guitares baveuses racoleuses pastichant un grunge bourrin, titre paraît-il rajouté au dernier moment pour faire carrière dans les charts ; passer vite sur « Samantha », mignonne ballade énervée, mais un peu trop bruyante, vulgaire et prévisible ...
Restent quand même quelques titres qui valent le détour, à commencer par le « Nobody's daughter » qui ouvre le disque. Morceau à interrogations, car on ne sait trop si Courtney parle d'elle, la petite fille née dans une communauté de hippies californiens qu'on voit sur la pochette de « Aoxomoxoa » du Grateful Dead, ou de Frances Bean, sa fille et celle de Kurt Cobain, à laquelle il ne reste que l'image déformée par le prisme de la légende d'un père qu'elle n'a pas connu... Corgan signe avec Love le meilleur titre du Cd, « Pacific Coast Highway », excellente ballade à relents de power-pop, mais aussi deux brûlots de rock qui tache (« Loser dust », « How dirty girls get clean »). La Perry est elle responsable de « Letter to God » joli slow FM sur fond de crise mystique et d'appel au secours ...
« Never go hungry » est un titre guitare acoustique - voix, niché à la fin du Cd qui m'évoque le « Redemption song » de Marley (lui aussi le dernier titre de « Uprising »), dans lequel Courtney dresse une sorte de bilan, assume son passé et regarde l'avenir ...
« Nobody's daughter » est un disque de rock fier et digne. Des disques comme ça ne courent pas les rues ces temps-ci ...