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En 1994, et en moins de trois mois, 800 000 Tutsis sont massacrés au Rwanda sous les yeux impassibles de la France. Dans le même temps, de véritables armées privées sont recrutées et entraînées dans l'hexagone par le biais d'organismes tels que le DPS (Département protection sécurité) du Front national. Ainsi, alors que l'on croyait en avoir fini avec le paternalisme français et ses rapports incestueux avec un certain nombre d'autocrates africains, François-Xavier Verschave nous démontre ici que les années quatre-vingt-dix demeurèrent celles d'une collusion entre intérêts français et pratiques illégales sur le continent voisin. Jacques Chirac ne confiait-il pas lui-même, hors micro, en 1999 : "Il faut bien que les dictateurs gagnent les élections" ?
De l'indéfectible soutien de la France à Mobutu aux manœuvres visant à faire main basse sur les ressources naturelles de l'Angola, du Togo ou du Tchad, nombre de questions africaines restent téléguidées depuis les plus hautes sphères de l'État français. Où l'on découvre, entre deux commentaires à la précision chirurgicale, que Charles Pasqua continue, aujourd'hui encore, de conduire sa propre politique africaine et arabe. C'est cette situation que F.-X. Verschave et son association humanitaire "Survie" stigmatisent dans cet ouvrage comme dans le précédent Françafrique : en œuvrant depuis longtemps à la transparence des relations unissant l'ancienne puissance coloniale à son "pré-carré", l'auteur se bat pour que la démocratie africaine ne soit pas une démocratie volée. --J-S Félix
Revue de presse
Deux livres document vont faire date : le premier Bokassa 1er, un empereur français, est la première véritable biographie du dictateur centrafricain, mort en 1996. Le second, Noir Silence, donne à voir et à comprendre une Afrique d'aujourd'hui dans ses improbables relations avec la France. Les deux ouvrages apportent un éclairage cru sur ce qu'est, encore aujourd'hui, le délétère système appelé Françafrique.
Noir Silence fait suite à La Françafrique, le plus long scandale de la République, publié en 1998 aux éditions Stock. Alors que ce dernier dénonçait quarante ans de dérives de politique africaine menée par la France, Noir Silence démontre que les pratiques " françafricaines " continuent au jour d'aujourd'hui d'agresser les peuples du continent. Comment son " oppression " se renouvelle-t-elle ? " Les réseaux et lobbies mutent, comme les virus grippaux. Elf (
) va se cacher sous l'écran Total. Bolloré prend partiellement le relais. Les réseaux se recomposent. On assiste à l'essor de vrais-faux mercenaires. "
Ce réquisitoire de six cents pages pour briser le silence qui recouvre la mafia tentaculaire décrite par François-Xavier Verschave résonne comme un pavé jeté dans la mare des plus hauts dirigeants français. Six cents pages de dates et de noms, soit un travail documentaire d'une redoutable minutie -et presque entièrement bénévole ! - passe au scalpel les miasmes d'un système où l'illégalité et la corruption sont érigées en dogme. Tout y est consigné : témoignages de rescapés, de réfugiés, déclarations des chefs d'Etat, rapports accablants de fédérations des droits de l'homme
Noir Silence ressemble à un atlas géopolitique des conflits africains et des démocraties déguisées, avec pour toile de fond la France : des élections truquées sous la bénédiction de l'Elysée à Libreville ou à Djibouti, les massacres organisés du Congo Brazzaville, la dictature en Guinée-Bissau entretenue par les diplomates, militaires et barbouzes français, les ingérences qui ont fait les drames du Sierra Léone, de l'Angola
La dernière étape du livre laisse la place aux " figures de la résistance africaine " propres à enrayer la Françafrique, à créer un espace de " vraie civilisation " et de " bien commun ".
En guise de conclusion, l'auteur se met à rêver qu'un jour ait lieu le réveil des populations en France et en Afrique, que celles-ci cessent de légitimer des pouvoirs en place - et au premier chef desquels le président de la République Jacques Chirac-- toujours plus pressés de faire passer les intérêts de la France avant ceux des citoyens.
François Xavier-Verschave est économiste de formation. Il est président de Survie, une association de citoyens qui milite depuis quinze ans pour de nombreux objectifs d'intérêts publics. Il est directeur de publication des lettres mensuelles Billets d'Afrique et d'ailleurs, et Afrique Info. -- Esther Del Pinto -- -- Afrik.com