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5.0 étoiles sur 5
It sucks when it's over, 22 avril 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : North Star Deserter (CD)
"North Star Deserter", c'est presque devenu un cliché de le dire, est un album charnière dans la carrière chaotique de Vic Chesnutt. Jusque-là, le songwriter d'Athens se contente d'un statut d'artiste culte, vénéré par nombre de ses contemporains mais ignoré du public. Et puis voilà que Jem Cohen, cinéaste new-yorkais, décide que Vic doit enregistrer un album avec ses potes canadiens du label Constellation. Il fait les présentations, produit les sessions, illustre la pochette, si ça se trouve il fait même à manger pendant que Vic, Efrim Menuck et la bande du Silver Mt Zion, ainsi que l'invité surprise Guy Picciotto (ex-guitariste de Fugazi) fabriquent un disque magnifique et inattendu.
On parlera d'alchimie, mariage du style acoustique dépouillé de Vic avec les envolées parfois lyriques, parfois furieuses des Canadiens, mais aussi retenue, délicatesse et écoute de l'autre... Tout cela est vrai donc autant le dire, mais c'est du réchauffé. Ce qu'on peut dire aujourd'hui, avec le recul, c'est que "North Star Deserter" reste totalement bouleversant même sans tenir compte des tristes événements qui suivront (à savoir, pour ceux qui auraient passé les six derniers mois au fond de la mine, le suicide de Vic Chesnutt le jour de Noël 2009).
Pour moi, le seul vrai bémol est l'étrange ballade moralisatrice "You Are Never Alone", musicalement un brin facile et aux paroles d'une ambiguïté qui heurta certaines sensibilités un peu trop chatouilleuses (il y en a toujours). Mais "Everything I Say" restera comme un sommet de la discographie de Chesnutt (et en concert, mon Dieu...), "Glossolalia", déjà évoqué, me prend toujours à la gorge avec ses accents mortuaires, l'énormissime "Debriefing" (encore une chanson qui parle de crever, soit dit en passant), noyé dans les saturations, est d'une intensité presque insupportable, et "Splendid", dans sa frissonnante simplicité, touche carrément au sublime. Le "We did everything we could" final me casse en deux. Si vous pouvez écouter ça sans ressentir le moindre frisson, vous êtes encore plus mort que lui.
Et c'est là que le bât blesse. Même si cette énième chronique dithyrambique convertissait des dizaines d'âmes égarées au génie fragile et ravageur du grand Chesnutt, ça n'aurait plus aucune importance maintenant. Vic a finalement déserté, alors que vous écoutiez ce disque ou non, franchement, ça ne fait plus aucune différence. C'est trop tard. "It sucks when it's over..."
(Version remaniée d'une chronique parue le 8 février 2010 sur indierockmag.com)
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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Je passerai l'éternité à débriefer, 23 mars 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : North Star Deserter (CD)
Pour son premier album sur le label canadien de 'post-rock' Constellation, maison mère de Godspeed You Black Emperor, The Silver Mt Zion ou encore Do Make Say Think, Vic Chesnutt s'est fort judicieusement entouré d'amis musiciens issus du sérail, ceux d'A Silver Mt Zion en l'occurence, ainsi que d'autres artistes à la crédibilité indie irréfutable, comme par exemple l'ancien guitariste de Fugazi Guy Picciotto, ou Jeff Mangum (Neutral Milk Hotel) qui signe la mélodie du glaçant 'Glossolalia'.
Vic Chestnutt s'était fait, depuis plus de 15 ans et avant de se donner la mort en 2009, le spécialiste de ballades/complaintes folk-rock parfois musclées, souvent désabusées, la plupart du temps d'une noirceur à vous flanquer le bourdon.
Sa voix très particulière et sa manière de faire trainer les mots en les gémissant quasiment, sa bile et son aigreur agrémentés de son humour noir dérangeant et sa propension à vous mettre mal à l'aise avec ses mélodies heurtées sont quelques unes des facettes principales de sa musique.
Sur North Star Deserter, il est parfois seul, ou presque, à la guitare sèche, comme sur l'introductif Warm ou le final Rattle.
Ces moments là, les plus bruts et directs, sont également les plus banals du disque et ne me font guère d'effet car ni les textes ni les arrangements ne subliment ces ruminations sincères mais sans immense interêt musical.
En revanche, quand l'impressionnante puissance de feu d'A silver Mt Zion et associés vient lui prêter main forte, les chansons franchissent un palier, se mettent en branle et s'ébrouent, fougueuses et impulsives, emportant toutes nos réticences sur leur passage.
Splendid la bien nommée, Everything I Say ou Debriefing sont d'excitantes et épiques crescendos qui éclatent en d'impressionnantes explosions rock dans le ciel, qui font la part belle aux guitares saturées et se révèlent des sommets de tension nerveuse, surmontés par la voix grinçante de Chestnutt, et ne sont pas sans rappeler les chevauchées de Neil Young avec son Crazy Horse.
Le talent du collectif canadien à instaurer des atmosphères fait merveille et ne se manifeste pas uniquement par la force : les choeurs chaleureux et apaisants sur 'You're Never Alone' permettent à la mélodie de se déployer, chose rare ici, vers la lumière et la chaleur.
Ailleurs, quelques notes saturées en arrière plan installent une ambiance oppressante et inquiétante sur 'Rustic City Fathers' ou Marathon à la tonalité mélancolique proche de celles que savait instaurer Mogwai. Les violons et choeurs virils sur Glossolalia sont typiques des albums récents d'A Silver Mt Zion mais la mélodie et la voix de Chesnutt donnent une dimension supplémentaire à la chanson qui touche au sublime. La comptine pastorale 'Wallace Stevens' est rendue capiteuse par un riff futé d'orgue dont on a du mal par la suite à se dépêtrer.
Chacun sort revigoré de ces collaborations et donne son meilleur, avec concision, sobriété et concentration, pour ce qui pourrait bien être un des meilleurs albums de Chestnutt.
Comme une bonne partie de son oeuvre, ce North Star Deserter n'est pas particulièrement facile d'accès. Il ne dévoile ses charmes qu'aux plus téméraires, qui sauront s'obstiner, écarter quelques scories et découvrir une petite dizaine de chansons vraiment impressionnantes à la personnalité affirmée, de prime abord farouches et hérissées, mais en définitive infiniment gratifiantes, puissantes et poignantes.
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