Ce tome regroupe les épisodes 21 à 28 (publiés en 2009/2010) qui constituent une histoire complète indépendante. Pour mémoire le tome 3 s'appelle
Blood in the Snow et il met en scène d'autres personnages, à une autre époque.
En 1020, une épidémie se déclare dans un village viking installé au bord de la Volga. Il s'agit d'un comptoir marchand qui profite du passage des bateaux pour organiser l'échange de marchandises et vivre du commerce. Hilda est la femme d'un notable du village qui vient de décéder de l'épidémie. Elle doit s'occuper de sa fille Karin (jeune adolescente) et résister aux avances de plusieurs mâles. Boris est un prêtre chrétien (dont l'obédience n'est pas clairement précisée) qui s'est installé dans ce village et qui a une théorie assez ébouriffante sur l'épidémie : elle serait occasionnée par des microorganismes et il faudrait prendre des mesures d'hygiène et de quarantaine pour limiter son expansion. Gunborg est un marchand utilisant des méthodes d'intimidation et d'appropriation musclées, ayant à sa disposition plusieurs employés qui lui servent également d'hommes de main. Au cours d'une réunion du conseil, les habitants décident de chasser les malades du village et de vivre en autarcie à l'intérieur de la palissade délimitant le périmètre du village. C'est le début de l'hiver.
Brian Wood fait de nouveau découvrir à ses lecteurs une facette différente de la culture du peuple viking. Le fil narratif principal est de savoir si Hilda pourra longtemps résister à l'oppression de cette société patriarcale dans laquelle la loi du plus fort est sous-jacente, et comment elle pourra protéger sa fille. Comme à son habitude, Wood évite l'écueil du mélodrame larmoyant ou du misérabilisme, en décrivant une femme qui refuse le rôle de victime. Même quand les magasins de son époux défunt sont pillés par les hommes du village qui s'approprient impunément ces biens, elle s'organise pour résister au long hiver rendu encore plus harassant par l'impossibilité de sortir du village. La lutte d'influence et le jeu du chat et de la souris d'Hilda contre Gunborg et ses séides réservent plusieurs coups fourrés, du suspense et beaucoup de courage.
En contrepoint au sort d'Hilda et Karin, il y a les manigances de Gunborg. En fait Wood se révèle plus nuancé que ça : Gunborg incarne une forme de capitalisme sauvage avant l'heure, d'individu uniquement intéressé par son profit, mais avec une bonne dose de courage physique et d'intelligence politique. Par rapport aux tomes précédents, Wood commence à s'intéresser à l'aspect économique de la vie des vikings. Il y a bien évidemment ce village qui constitue un comptoir marchand avec les peuples alentours, mais il y a également la problématique de la survie pendant les longs hivers de cette région de la Russie. Il y a la menace sourde de la survie du village même, du fait de l'épidémie, mais aussi du fait de sa vulnérabilité à une grande force armée. Il y a d'ailleurs plusieurs affrontements bien barbares qui parsèment ce tome.
Enfin, Brian Wood a recours à nouveau à ce dispositif narratif qui consiste à introduire un comportement moderne au milieu des vikings du onzième siècle : le prêtre qui dispose de notions sur les microbes et qui s'exprime d'une manière sophistiquée. Ça ne m'a pas gêné à la lecture : Wood raconte avant tout une aventure, l'aspect historique est essentiel mais il ne s'agit pas d'une thèse d'historien.
L'ensemble de l'histoire est illustré par Leandro Fernandez (déjà vu dans
Man of Stone) dont le style est incroyablement bien adapté à cette histoire. Les dessins sont réalistes, mais sans obsession de la minutie, sans surcharge d'informations visuelles, avec des à-plats de noir significatifs sans qu'ils mangent pour autant les illustrations. Fernandez a visiblement accompli un gros travail de recherche de références pour que ses illustrations retranscrivent les habits et les constructions de ces individus au onzième siècle. En particulier, il est agréable de pouvoir déceler l'influence slave dans les constructions. Le sérieux de son travail permet au lecteur ne jamais regarder une image en se disant que c'est impossible, que ça ne pouvait pas exister à cette époque.
Fernandez trouve des solutions graphiques pour chaque type de séquence et il déploie un savoir faire impressionnant. Les scènes de dialogue disposent de mises en scène réfléchies, avec changement d'angles de vue en fonction des orateurs, des tensions et des enjeux. Les scènes de combat sont brutales comme il se doit, sans se vautrer dans le gore, mais sans masquer les blessures non plus. Il n'hésite pas à concevoir un ou deux plans du village vu du ciel qui prouve qu'il a une idée précise et construite de l'agencement des maisons. Il arrive même à rendre visuellement intéressante les scènes se déroulant dans des champs de neige uniforme, ce qui n'est pas donné à tout le monde. La mise en couleurs est réalisée par Dave McCaig pour un résultat qui renforce l'ambiance claustrophobe et la pénombre, sans jamais éclipser les dessins.
Avec ce tome, Brian Wood et Leandro Fernandez nous emmènent dans un village résistant à la maladie en 1020 pendant un terrible hiver, alors que ses habitants s'opposent sur la politique à mener. Wood donne une nouvelle version d'une femme amenée à réinventer sa place dans une société patriarcale, alors que son mari vient de décéder. Les épisodes suivants de cette série (avec de nouveaux personnages) sont réunis dans
Metal and Other Stories (épisodes 29 à 36).