Ce double album, produit par Sting en personne et Hugh Padgham, outre la consécration internationale définitive qu’il offrira à Sting, résume admirablement en trois paramètres les principales facettes de la personnalité du chanteur. Son titre est inspiré d’un poème de William Shakespeare, et Sting aura toujours à cœur de rappeler qu’il est fin lettré. Une partie importante des douze chansons du programme rappelle l’investissement de l’artiste dans les causes humanitaires – en particulier au sein d’Amnesty International -, et l’Anglais a très tôt souhaité être considéré comme un chanteur engagé. Enfin, le caractère généralement sombre des thèmes est directement lié au décès, quelques mois auparavant, de la mère de l’artiste, et Sting a systématiquement veillé, alimentant ses compositions de notules autobiographiques, à ce que nul n’ignore ses troubles les plus intimes. Ainsi, outre une reprise du
« Little Wing » de Jimi Hendrix (voilà d’où je viens), l’un des sommets du disque reste
« They Dance Alone (Cueca Solo)» (voilà ce qui me scandalise), portrait de ces folles de la Place de Mai, qui brandissaient ces années-là à la face du monde le portrait des victimes de la dictature chilienne. Et l’un des titres les plus salués,
« Englishman in New York » (voilà comment j’aimerais être considéré), offre un portrait nuancé et sensible de l’écrivain homosexuel Quentin Crisp. On l’aura compris : l’album est pensé, réfléchi, jusqu’à la migraine, sans la moindre part de folie, ou de jubilation excessive. Paradoxalement, c’est dans ce contexte qu’excelle Sting, totalement pertinent dans un environnement calme, et mesuré. Et c’est ce qui fait de Nothing Like the Sun un bien meilleur enregistrement (on dira : bien moins prétentieux) que son prédécesseur. Il est simplement emblématique que ce soit à l’insistance expresse du label (craignant la déconfiture commerciale) que figure ici
« We’ll Be Together », seule chanson un tant soit peu enlevée du lot. Les indispensables invités prestigieux répondent naturellement présents à l’appel : Manu Katché tient la batterie, Eric Clapton la guitare, Branford Marsalis le fidèle a déboulé avec ses saxophones, et Gil Evans son grand orchestre. Nothing Like the Sun atteindra la neuvième place des charts américains, entraîné par les singles
«We’ll Be Together » (7
ème),
« Englishman In New York » (15
ème), et
« Be Still My Beating Heart » (15
ème). Et s’écoulera à deux millions de copies.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story