Bien que sorti en 1988,
Nothing's Schocking pourrait avoir paru 20 ans plus tard tant il sonne entièrement contemporain et il ferait encore sensation. Certes, on lui préfère le plus souvent
Ritual de lo Habitual dans la discographie de Jane's Addiction, mais il est en fait aussi indispensable que lui.
En tout cas, ceux qui n'avaient pas eu connaissance à l'époque du
live Jane's Addiction, premier vrai album du groupe, ont dû avoir un sacré choc en posant ce disque sur leur platine la voix de petit garçon du chanteur, suraiguë (qu'on croirait altérée par l'hélium), un guitariste complet, au jeu hypnotique, une batterie puissante (enrichie de percussions exotiques), une basse énorme et sinueuse en même temps... On est également saisi par l'intelligence des textes, dont les thèmes sont le sexe (beaucoup), la drogue (implicitement), le rock'n'roll, Perry Farrell se livrant volontiers à l'introspection (
« Standing in the Shower »,
« Thinking »)...
Il y a aussi certaines de ses réflexions sur la majorité silencieuse, dont ces zozos représentent déjà un des cauchemars (
« Pigs in Zen »,
« Idiots Rule »), et on y croise même au passage le fantôme du tueur en série Ted Bundy, sur
« Ted, Just Admit It ». Sur
« Had a Dad » (qui, sorti en single, a tout pour cartonner, mais passe inaperçu), Dave Navarro trouve le riff absolu, destructeur, une vraie bombe (qui, pour l'anecdote, est samplé pour servir de jingle au
Top 50 de Canal+). Les notes en cascade du guitariste chicano et son jeu atmosphérique sont l'héritage de Robert Smith, de The Cure, que Dave Navarro vénère, mais il sait aussi trouver des rythmiques fortes et, en tant que soliste, il n'a peur de personne. Et les amateurs de ballade aussi en ont pour leur argent avec
« Jane Says », une des grandes réussites de Jane's Addiction.
Des textes à la Lou Reed, un chant un peu réminiscent d'Alice Cooper (qui deviendra très vite fan du groupe) et une musique qui rappelle le meilleur de Led Zeppelin avec cet album unique en son genre, Jane's Addiction s'impose déjà comme un sérieux prétendant au titre de meilleur groupe de rock du monde. Hélas, ils auront fort à faire avec la concurrence de formations comme les Pixies ou Guns N'Roses, pourtant bien conformistes, voire très ternes par rapport à eux. Restent les disques pour refaire l'Histoire...
Frédéric Régent - Copyright 2012 Music Story