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L'Entreprise
Notre Etat. C'est l'usage du possessif qui fait tout l'intérêt de ce livre consacré à la réforme de la fonction publique. Roger Fauroux, qui fut PDG de Saint-Gobain puis ministre de l'Industrie, y a réuni une pléiade de hauts fonctionnaires pour prendre le pouls de l'employeur qu'ils servent ou ont servi avant de partir dans le privé : l'Etat français.
Leur diagnostic est d'autant plus alarmant qu'il émane d'énarques et autres polytechniciens, élevés dans le culte du service public. Quand ceux-ci dénoncent pêle-mêle la gestion ahurissante des carrières de fonctionnaires, les blocages de l'école, l'échec de la réforme de Bercy ou le coût excessif de la santé, le lecteur ne peut que penser : « C'était donc vrai ! » Alors que la société et les entreprises vivent d'intenses bouleversements, les auteurs nous décrivent un Etat en panne, incapable de changer d'état d'esprit pour adopter une culture d'efficacité. Si cet audit était celui d'une entreprise, explique Roger Fauroux, « il conclurait à la défaillance du commercial, de la comptabilité, du contrôle de gestion, des relations humaines, de la communication et du service juridique, et il constaterait en bout de chaîne une production souvent de qualité mais à des coûts de revient supérieurs à ceux de la concurrence. Qui serait prêt à investir sur l'avenir de cette entreprise-là ? ».
Le coup de colère des auteurs de ce livre inciterait presque à l'optimisme. Si autant de brillants esprits, malgré leur diversité de sensibilités, d'expériences et de générations, tombent d'accord sur le constat et les réformes à accomplir d'urgence, c'est que tout n'est pas perdu. Les chemins qu'ils tracent pour rendre l'Etat plus efficace sont convaincants. On pressent qu'il suffirait de peu de choses pour bousculer le poids des archaïsmes.
Malheureusement, on voit mal pourquoi les changements qu'ils réclament seraient plus applicables aujourd'hui qu'hier. Diminution du nombre de fonctionnaires, réforme de leur statut, vraie décentralisation... les réformes préconisées sont toujours les mêmes. Mais en face, les forces qui bloquent toute réforme sont toujours aussi présentes.
Futuribles
Ils se livrent à des comparaisons internationales et proposent des pistes de réforme réalistes, soulignant que l'État doit penser au long terme.
Les sujets abordés couvrent quasiment tous les domaines d'intervention de l'État : les hauts fonctionnaires, l'État employeur, l'administration fiscale, la justice, la police et les prisons, la défense et la diplomatie, l'environnement, l'aménagement du territoire, l'éducation, la politique de l'emploi, la santé, les retraites, la politique de l'immigration, l'administration économique et le colbertisme, l'État stratège industriel, l'État actionnaire, l'agriculture, la politique culturelle, l'audiovisuel public, le sport, la place de l'État vis-à-vis du marché dans le cadre de la mondialisation, la politique monétaire et budgétaire, les nouvelles technologies, la Constitution, les agences de régulation, le rôle des syndicats et l'effet de l'Union européenne.
L'introduction met en avant trois "prolégomènes à toute réforme possible" de l'État : une gestion intelligente de son personnel, une politique systématique de décentralisation des pouvoirs et une remise en ordre des relations entre l'État français et l'Europe.
Des encadrés complètent les contributions des auteurs, apportant un grand nombre de données chiffrées et racontant parfois des anecdotes surprenantes comme le rôle capital joué par les technologies françaises dans les négociations des accords de Dayton alors que les diplomates européens ne faisaient que de la figuration. --Gérard Blanc
Quatrième de couverture
Pour la première fois, une enquête sans concessions est menée sur tous les fronts de la fonction publique : le malaise des fonctionnaires, léchec de la réforme de Bercy, les retards de la décentralisation, les blocages de lécole, labsence dun vrai dialogue social, le mythe de la cagnotte, la bombe des retraites, le coût excessif de la santé, les dangers de lexclusion, les fragilités de notre démocratie, la crise de la justice, lenlisement de lEurope, etc.
Roger Fauroux et Bernard Spitz ont réuni autour deux une brillante équipe dauteurs issus de sensibilités politiques, dexpériences et de générations diverses, qui parlent dune seule voix ; parfois pour exprimer leur colère, toujours pour proposer des solutions. Tous ont servi ou servent encore un État quils veulent réformer pour mieux le défendre. Le bilan quils dressent est édifiant. Les propositions quils dessinent sont bien celles de la dernière chance. Saurons-nous la saisir ?
Témoignages, réflexions, propositions
L'auteur vu par l'éditeur
Bernard Spitz est maître des requêtes au Conseil dÉtat, rapporteur général de la mission Commerce électronique. Maître de conférences en économie des médias à Sciences-Po et en économie numérique à luniversité de Paris-I-Sorbonne. Ancien conseiller de Michel Rocard, Premier ministre (1998-1991). Auteur, notamment, de La Morale à zéro (Le Seuil, 1995).