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Nous n'avons jamais été modernes Poche – 9 novembre 2005


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Revue de presse

Bruno Latour, philosophe et sociologue des sciences au CSI, Centre de Sociologie de l'Innovation de l'École des Mines, nous propose dans cet ouvrage une réflexion critique sur les représentations habituelles du rapport entre science et société.

La position de l'auteur se résume ainsi, à propos de la dichotomie sociétés traditionnelles et sociétés actuelles : «les différences sont de taille dans les deux sens du mot. Elles sont importantes - et c'est l'erreur du relativisme (postmoderne) de l'ignorer -, mais elles ne sont justement que de taille - et c'est l'erreur de l'universalisme (moderne) que d'en faire un Grand Partage». Les savoirs modernes ne sont pas différents (des traditionnels) en ce qu'ils échapperaient à la tyrannie du social, mais en ce qu'ils ajoutent beaucoup plus d'hybrides afin de recomposer le lien social et d'accroître encore son échelle. Voilà donc pourquoi nous n'avons jamais été modernes : nous n'avons jamais été modernes au sens du Grand Partage, c'est-à-dire nous n'avons jamais vraiment appliqué le programme moderne qui postulait une indépendance du savoir par rapport au social et au politique, bien au contraire.

Alors, que peut-on faire de la représentation alternative proposée par Latour qui mêle allégrement hommes et hybrides dans des réseaux sociotechniques complexes  ? Elle peut nous servir à comprendre comment les innovations prennent place et sens dans nos sociétés. Innover, c'est non seulement imaginer et réaliser un bien nouveau, mais c'est également définir et faire exister de nouveaux acteurs humains et non humains, des demandes inédites... En somme la création techno-scientifique est inséparable de la création sociale : la recherche est coproduction de la technique et de la société.

Ceci conduit à redéfinir le processus d'innovation : au lieu d'être découpable en phases, dont certaines sont techniques et d'autres commerciales, l'innovation mélange dès les tous premiers instants considérations sur la technologie et hypothèses sur les acteurs. Au modèle linéaire de diffusion cher au management classique (l'innovation se répand d'elle-même par contagion grâce à ses propriétés intrinsèques...), Latour oppose ainsi un modèle tourbillonnaire dit «de l'intéressement» (le destin de l'innovation dépend de la participation active du réseau d'acteurs et des traductions qu'ils opèrent).

Pour Latour, il y a rarement transmission du sens, mais bien plutôt traduction : à chaque changement de main, de contexte, l'innovation reçoit un nouvel énoncé. Chaque acteur se construit ainsi sa réalité de l'innovation et par là même se construit lui même. À titre d'exemple, Latour, dans un papier paru en 1990 dans la revue des Annales des Mines, montre comment, au début su siècle, les plaques sèches d'Eastman pour la photographie sont construites à la fois pour et par des groupes d'amateurs qui ne préexistaient pas à l'innovation : les nouveaux amateurs et le boîtier Eastman se coproduisent. Un groupe à géométrie variable entre en relation avec un objet à géométrie variable. Les deux se transforment. Il y a traduction et non accueil, refus, résistance ou acceptation. La demande de produits nouveaux - tant l'expression de la demande que celui qui l'exprime, le demandeur - est donc considérée comme une construction sociotechnique mêlant humains et non humains.

Refuser le Grand Partage amène donc le décideur à lâcher prise d'avec une rationalité individualiste pour pencher vers une rationalité interactive qui se décline en co-quelque chose : co-opération, co-opétition, co-construction, co-développement, co-intégration, co-marketing, co-selling... Ce n'est pas la science ou le marché qui sont importants à gérer, ce sont les réseaux qui en forment l'entre-deux. Cela commande donc au décideur de participer activement au façonnage de son univers en s'appuyant sur une interprétation de la situation - plutôt que sur une analyse - à partir d'interactions avec de nombreux acteurs potentiels, des clients aux experts techniques.

Ce manager interprétatif comme le nomme les chercheurs nord-américains du M.I.T. présente le profil suivant : constructeur de réseaux , mobilisateur d'alliés, bâtisseur de compromis socio-techniques, traducteur social, interprète esthétique, porte-parole culturel, participant actif dans des conversations, détecteur de tendances...

C'est donc une inflexion méthodologique majeure par rapport aux approches analytiques et déterministes du management moderne que requiert la capacité à gérer l'entre-deux. Interaction, interprétation et construction apparaissent comme les mots clés de ces approches managériales alternatives. -- Bernard Cova -- -- Business Digest

Les objets hybrides de la modernité
L'époque moderne se caractérise par la production d'objets techniques dont la nature n'est pas exclusivement scientifique ou technique, mais aussi politique, culturelle, ou économique. Aujourd'hui les scientifiques, les hommes de pouvoir et les industriels sont engagés dans la même histoire.
Le paradoxe de la modernité
Le discours critique sur la modernité n'est pas à la hauteur de la nature hybride des objets modernes : en un sens, il n'est donc pas vraiment moderne. Séparant ce qui est pourtant indissociable, il oppose la technique à la nature, l'inhumanité de la science à l'humanité des sociétés, la communauté des savants à celle des politiques.
L'anthropologie du monde moderne
Comprendre le monde moderne et faire face aux problèmes qu'il pose, nécessite de prendre en compte sa nature hybride. Jusque-là réservé aux sociétés pré-modernes, le discours anthropologique devient alors susceptible d'analyser notre société moderne, elle aussi caractérisée par l'imbrication du naturel et du culturel, du technique et du politique, du mythique et du social. -- Idées clés, par Business Digest --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

Présentation de l'éditeur

Pollution des rivières, embryons congelés, virus du sida, trou d'ozone, robots à capteurs... Comment comprendre ces " objets " étranges qui envahissent notre monde ? Relèvent-ils de la nature ou de la culture ? Jusqu'ici, les choses étaient simples : aux scientifiques la gestion de la nature, aux politiques celle de la société. Mais ce traditionnel partage des tâches est impuissant à rendre compte de la prolifération des " hybrides ". D'où le sentiment d'effroi qu'ils procurent, et que ne parviennent pas à apaiser les philosophes contemporains. Et si nous avions fait fausse route ? En fait, notre société " moderne " n'a jamais fonctionné conformément au grand partage qui fonde son système de représentation du monde : celui qui oppose radicalement la nature d'un côté, la culture de l'autre. Dans la pratique, les modernes n'ont cessé de créer des objets hybrides, qui relèvent de l'une comme de l'autre, et qu'ils se refusent à penser. Nous n'avons donc jamais été vraiment modernes, et c'est ce paradigme fondateur qu'il nous faut remettre en cause aujourd'hui pour comprendre notre monde. Traduit dans plus de vingt langues, cet ouvrage, en modifiant de fond en comble la répartition traditionnelle entre la nature au singulier et les cultures au pluriel, a depuis sa parution profondé-ment renouvelé les débats en anthropologie. En offrant une alternative au postmodernisme, il a ouvert de nouveaux champs d'investigation et, avec son " Parlement des choses ", offert à l'écologie de nouvelles possibilités politiques.


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Détails sur le produit

  • Poche: 205 pages
  • Editeur : LA DECOUVERTE (9 novembre 2005)
  • Collection : La Découverte/Poche
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2707148490
  • ISBN-13: 978-2707148490
  • Dimensions du produit: 19 x 1,5 x 12,5 cm
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16 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile  Par MCMC le 9 janvier 2010
Format: Poche
Même si les idées présentées sont passionnantes, j'ai eu plusieurs fois l'impression qu'une plus grande précision et une démarche argumentative plus approfondie auraient été nécessaire. La polémique entre Hobbes et Boyle sur l'existence du vide est remarquablement analysée.
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19 internautes sur 23 ont trouvé ce commentaire utile  Par EstebanManchego le 9 avril 2009
Format: Poche
Je ne comprends pas que ce livre ne soit pas plus connu. Il devrait selon moi figurer au programme de philo en terminale. D'ailleurs, il commence par une relecture de l'histoire moderne de la philosophie extrêmement intéressante. Ce livre résoud les apories de la philosophie moderne et surtout redonne de l'espoir pour l'action et pour de nouveaux champs de recherches en sciences humaines. Selon moi, B. Latour est à placer sur un pied d'égalité avec les plus grands penseurs du XIXème siècle.
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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile  Par Léa le 13 juin 2013
Format: Poche Achat vérifié
pour initiés !
je croyais avoir compris à peu près ce qu'est l'épistémologie, ce qu'est l"anthropologie, ce qu'est la sociologie...
j'ai beau m"accrocher (j'en suis à la page 146 sur 199, quel courage) je ne comprends plus rien, et surtout pas où l'auteur veut en venir !
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3 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile  Par valleur marc le 14 septembre 2013
Format: Poche Achat vérifié
Enfin un livre qui dépasse les clivages disciplinaires, et pose, non le problème épistémologique des sciences "molles" contre les "dures", mais le problème de l'épistémologie, si elle persiste à différencier objets de science et subjectivité ou production sociale. C'est notre façon de penser qui est en décalage avec une réalité de plus en plus criante: les "hybrides" de nature et de culture prolifèrent, sans que nous ayons les moyens de les penser...
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