Probablement le meilleur roman que j'ai jamais lu. Inspiré par le propre vécu de l'auteur, un plongeon dans l'atmosphère lourde des premières années de la révolution de 1917 en Russie, comme si on y était. La montée rapide du totalitarisme et de la perversion des consciences ; le renoncement des uns, le désespoir des autres et la condamnation sans appel des réfractaires. Nul autre ouvrage (et je lis pourtant beaucoup d'essais sur ce type de sujet) ne m'a paru aussi efficace pour mieux faire comprendre les processus menant à l'extinction des libertés individuelles, le lavement des cerveaux, le profond désespoir, l'anéantissement des volontés les plus farouches.
La description des sentiments, des psychologies individuelles et collectives est très fine ; les trahisons, corruptions des élites autoproclamées bien mises en lumière. Où l'on voit que la corruption l'emporte largement sur l'idéologie, les "purs" se voyant dépossédés de leurs illusions, même de leur vie. Un monde absurde, où l'on comprend mieux ce que représente l'idée de liberté et où il ne fait pas bon venir d'un milieu trop favorisé, ni avoir des pensées personnelles. Seule la collectivité compte, écrasant toute velleité personnelle. Chacun doit y consacrer sa vie entière, corps et âme, prêt à dénoncer n'importe quel proche ou membre de sa famille et à convertir ses rejetons dès leur plus jeune âge. Effrayant et pourtant authentique ô combien...
Et malgré tout cela, au-delà de tout cet environnement déprimant et impitoyable, où chacun semble lutter pour sa propre survie et n'est plus que l'ombre de lui-même, une sorte de mort vivant... une touche d'espoir, une petite lueur quelque part qui raccroche encore à la vie ; et c'est aussi la force de ce roman, qui vaut vraiment la peine d'être ardemment conseillé.
J'aimerais beaucoup que l'on en fasse un film, tant ces idées simples ont encore à gagner les esprits et les libertés fondamentales sont sans cesse menacées.