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5.0 étoiles sur 5
Pépite n°2, 18 décembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Nucular (CD)
Un an après Zugzwang paru en 2005, Jef Lee Johnson, Tony Hymas et François Corneloup ont décidé de battre le fer tant qu'il était chaud, et ont mis sur pied un deuxième album de haute tenue, sans pour autant se répéter, puisque Nucular est globalement plus éclaté musicalement, et moins tourné vers la voix que le précédent disque, sur lequel étaient invités de nombreux rappeurs français et américains. On note également une implication moins exclusive de Hymas dans l'écriture des pièces, un certain nombre d'entre elles étant écrites à quatre.
On trouve donc un seul invité "extérieur" cette fois, l'impayable Brother Ali, qui se déchaine sur les grooves malins de "Doin the Do" (pièce d'anthologie qui présente à l'ancienne les membres du groupe ) et de "Baby Come Home", deux compositions probablement assez spontanées et signées par tout le collectif.
Qu'on se rassure, d'autres chansons atypiques voient le jour ici ou là, le nouveau batteur du groupe, Stokley Williams, dévoilant accessoirement un bel organe dès le délirant "An Honnest Appreciation of Mystery" qui ouvre les festivités, puis sur de nombreux autres morceaux de l'album, tels le très rock'n roll "Inside Man", l'étrange et inclassable "I Almost Saw You", ou le très nerveux "Nuclear War" de Sun Râ, seule reprise du disque, qui au passage rappelle l'esprit contestataire du groupe largement assumé sur Zugzwang ( "If they push that button, you can kiss your ass goodbye" ! )...
Mais on apprécie également les plages purement instrumentales, plus nombreuses que sur le précédent album.
Comme le mélancolique "Luz entre deux eaux", signé Corneloup, accolé à "Presentiment 1", vignette lunaire, ou le très progressif "Etincelles d'Angers", porteur d'un chant obsédant et d'un solo tentaculaire de Jef Lee Johnson.
On peut aussi se régaler du superbe "Que la Terre m'emmène", funk-reggae aux accents désabusés, ou de la spontanéité de "The Second of May", avec Tony Hymas en plein délire au piano acoustique.
On pourrait consacrer des pages à tenter de détailler les dix-huit plages du disque. Mieux vaut écouter ces merveilles !
On peut en revanche saluer la qualité du projet, sa démarche et son originalité, et son habileté à confronter intelligemment free-jazz, funk, rock, rap, entre autres styles...
François Corneloup navigue toujours entre le rôle de soliste émérite ( en particulier au saxophone soprano ( comme sur le sublime "Les Etoiles du Langonnet" ) et celui de pilier de l'ossature rythmique, palliant à l'absence de bassiste par des riffs formidables au sax baryton.
Stokley Williams amène une assise et un sens du groove bienvenus, tandis que Johnson et Hymas s'expriment avec la liberté que leur confèrent les fruits de leurs nombreuses expériences et collaborations passées.
Le travail exemplaire sur le son du groupe dans sa globalité, et un soin apporté à chaque détail, ajoutés à des qualités d'écriture et d'improvisation renversantes, font de ce disque un nouveau chef-d'oeuvre après Zugzwang.
On peut remercier Hope Street, label fameux tenu par Jean Rochard, fin connaisseur et passionnée de "real music for real music lovers" ( pour citer Prince ), et espérer un nouvel opus prochainement, ainsi qu'une tournée dans l'héxagone de ce groupe émérite et hyper-créatif.
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