Ranek est juif et, comme des milliers d'autres, il est à ce titre enfermé dans le ghetto de Prokov. (J'ai vu des lecteurs se demander pourquoi le personnage était dans un tel lieu, ce qu'il y faisait comme si la seconde guerre mondiale et le génocide planifié par le troisième Reich n'avaient pas existé transformant l'horreur subie par des millions d'hommes en un fait divers oublié et donc qu'il était nécessaire de (re)contextualiser!).
Nous assistons à la survie, au jour le jour, d'un prisonnier de ce ghetto. Sa lutte pour rester en vie est réduite à sa nécessité la plus extrême, heure après heure, un jour après l'autre, un jour après celui-ci puis encore un autre... Pour cela, deux conditions doivent être réunies : être à l'abri et manger. Et si manger et se mettre à l'abri signifient voler la place d'un autre, la nourriture d'un autre, ne partager ni sa couche ni sa pitance, laisser un malade mourir, voler un mort ou lui arracher ses dents en or pour les vendre et ...s'abriter et manger, alors Ranek le fera. Tous le font. Un marché noir du sordide s'est même mis en place. La vie est ramenée à sa nécessité la plus extrême : une demi place sous un banc dans une pièce ou trente personnes s'entassent et engagent une lutte féroce pour la garder, des heures de marche et d'attente pour récolter cinq pommes de terre durcies dont une sur deux est pourrie par le gel. Si Ranek ne le fait pas, il tombe; et s'il tombe, il meurt. Cette équation terrible est poussée dans son horreur quotidienne la plus excessive et son réalisme cru vous fait tressauter le coeur page après page, au point qu'entre deux chapitres, il vous faut parfois faire une pause pour que votre quotidien, les murs de votre chambre, votre canapé douillet, la chaleur de votre appartement, vous redonnent un peu d'oxygène avant de replonger dans l'enfer du ghetto de Prokov.