J'ai toujours eu beaucoup de tendresse pour cet album, le premier du Genesis progressif que j'ai eu l'occasion d'écouter. Constitué de sa formation "classique", avec Hackett à la guitare et Collins à la batterie, Genesis dessine plus fermement les contours musicaux esquissés sur Trespass. Les pages les plus ambiguës de la littérature enfantine, les dieux antiques, la commedia dell'arte et les monstres de foire servent, parmi d'autres, de toile de fond à un déballage savamment organisé des perversions humaines. Gabriel joue avec talent les personnages qu'il met en scène. Quant aux chansons, elles sont à la hauteur des textes de Gabriel, aussi bien les longues pièces ("The Musical Box", "The Return of the Giant Hogweed") que les plus sages ("Harlequin", "Seven Stones"). "The Fountain of Salmacis" est l'une de mes chansons préférées de Genesis avec "Blood on the Rooftops" (sur Wind and Wuthering), "Mad Man Moon" (sur A Trick of the Tail) et "Can-Utility and the Coastliners" (sur Foxtrot). Elle illustre parfaitement la construction symphonique à la Genesis, faite d'alternances entre passages tempérés (guitare acoustique/piano) et vagues surpuissantes (mellotron/basse/batterie). Si Nursery Cryme a la saveur enfantine et désuète d'un bonbon à la menthe, sa pochette surréaliste n'est pas étrangère à son charme insidieux.