« Oceanic » est un peu à Isis, ce que les anglophones qualifieraient de « breakthrough album », c'est-à-dire l'album qui permis au groupe de passer dans la catégorie supérieure en terme de popularité et de ventes (relatives les ventes tout de même). Beaucoup ont découvert la bande à Turner (artiste on ne peut plus complet puisque guitariste, chanteur, responsable de label - Hydra Head étant qui plus est, l'un des plus coté du genre - illustrateur de talent, j'en passe et des meilleurs) avec « Oceanic » et beaucoup, depuis, ne les ont plus quitté. La force d'Isis étant d'associer à la lourdeur oppressante d'un post-hardcore plombé au doom, au sludge et autres musiques rampantes, la base de ce que certains qualifieraient de « musicalité » : la mélodie. Celle-ci n'est pourtant pas à chercher dans les vocaux quasis death de Turner : l'homme éructe ses textes métaphoriques (avec ici, comme dénominateur commun, l'océan) d'une voix on ne peut plus monocorde, mais derrière, la finesse de l'enchevêtrement des guitares, et de la toile mélodique qu'elles tissent, happe et fascine l'auditeur. On se plait alors à se perde dans ce « Oceanic », dans cette alternance de calmes plats instrumentaux et de bourrasques électriques, dans cette façon qu'a le groupe, de constamment jouer sur la dynamique apaisement/déchirement. Et si l'on peut malgré tout reprocher à l'album (et plus généralement aux disques du groupe) de souffrir d'une certaine linéarité, celle-ci est au final bien vite éclipsée par la qualité des compositions. Des compositions brillantes, à l'image d'un album aussi tempéré que tourmenté.