Tout d'abord, la superbe Ode pour la mort de Henry Purcell écrite par son ami John Blow. Une superbe leçon de subtilité et de nuances nous est ici proposée avec un duo assez homognèe de contre-ténors : l'admirable Carlos Mena (vous excuserez mon côté "groupi" mais je continue à considérer Carlos Mena comme l'un des plus grand contre-ténors actuels, spécifiquement sur le répertoire sacré) et Damien Guillon. Cette ode n'a justement rien de funèbre. Elle est d'une douceur qui vous emporte de la première à la dernière note, traduisant avec finesse l'evidente affection de Blow pour Purcell. Certes, on reste dans un répertoire très intériorisé, intimiste. Mais la lumière et de belles couleurs fondues sont très bien transcrites par une intrumentation où chaque phrase est ciselée avec une précision remarquable.
Ensuite, le disque nous propose Purcell en écho de cette Ode de Blow avec une série de chansons et odes dont certaines sont particulièrement connues (ex : Strike the viol ou No, no, no, no Resistance is but Vain). Des pièces purement orchestrales émaillent cà et là le disque.
On notera dans certaines odes l'association merveilleuse des voix avec les flûtes et qui contribue à renforcer la dimension spirituelle de ces pièces (ex : la superbe Sweetness of Nature).
L'exercice est ici très délicat car il faut traduire toute la subtilité de cette écriture sans tomber dans la préciosité, la mièvrerie ou carrément l'ennui. Philippe Pierlot, par le jeu subtil des violes et le grain admirable des deux voix de deux contre-ténors, a évité cet éceuil. Attention, ce disque n'a pas pour vocation de nous charmer de façon ostentatoire et son accès peut se révéler difficile. Plusieurs écoutes permettrons de dévoiler des nuances et détails qui confirment la richesse de cette écriture des deux maîtres anglais.
Disque hautement recommandé même si je vois déjà (peut-être) certain(e)s me dire qu'il manquerait à ce disque une petite étincelle. Ils (ou elles) jugeront l'entreprise trop "sage" voire un peu trop "académique". Je trouve tout de même que cette approche assez intériorisée, presque méditative est tout à fait défendable.