La collection Quarto possède l'avantage non négligeable de condenser l'intégralité des oeuvres d'un auteur (à titre d'exemple, citons Gombrowitz et Cioran) et ceci, dans l'optique d'un prix extrêmement abordable. Le seul défaut qui serait cependant à noter tiendrait dans la fine épaisseur des pages, que l'on doit tourner avec une extrême douceur afin de ne pas les arracher intempestivement. Les oeuvres complètes de Debord furent une excellente surprise car la ligne éditoriale fût respectée à la lettre. Pensée inclassable, originale, indépassable même, dans la juste mesure d'une analyse sans failles ni complaisances aucunes de cette société à jamais contemporaine puisqu'étant bloquée au sein d'un "présent perpétuel", sans recul d'analyses possibles, elle refuse toute cette logistique du "malheur organisé" et bureaucratique en démontant point par point tenants et aboutissants de ceux qui l'orchestrent. Debord l'alcoolique certes, au revers duquel la lucidité n'a eu que faire des récupérateurs médiocres qui ont tenté, en vain, de le cantonner et le circonscrire dans les ornières des fausses interprétations afin d'en amoindrir la portée et la puissance - dangereuse et létale pour l'ordre établi -, mais Debord l'impitoyable analyste aussi, au style extraordinairement "classique" qui fait du discours ambiant et général de tous les médias dits "d'informations" une prose insipide, utilitariste, orientée, partant, totalement dépourvue de sens. D'ailleurs, le silence assourdissant qui nimbe son oeuvre est suffisamment parlant à cet égard. A lire Debord, Alain Badiou et Philippe Sollers ne sont que de pauvres cancres dont la "pensée" rudimentaire et édulcorée passe pour une notice de four micro-ondes pour handicapés mentaux.