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5.0 étoiles sur 5
Une anthologie Webern de premier ordre, 17 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Oeuvres Orchestrales (CD)
A la différence d'Herbert von Karajan, Christoph von Dohnanyi, pour cette anthologie de la musique orchestrale d'Anton Webern (1991-93), n'a pas retenu les 5 mouvements op. 5 (orchestration des pièces pour quatuor du même opus) mais comme lui, il dirige la Passacaille op.1, les 6 pièces op. 6 et la Symphonie op. 21. Il y ajoute les rares 5 pièces op. 10 et les variations op. 30, ainsi que l'orchestration par Webern du Ricercar à six voix de l'Offrande musicale de Jean-Sébastien Bach et la pièce de jeunesse (sans numéro d'opus) Im Sommerwind. Sans diminuer les mérites du disque de Karajan (dont beaucoup ont trouvé l'atmosphère crépusculaire assez surprenante, mais que j'aime beaucoup pour ma part), ni ceux des enregistrements de Boulez ou de Gielen, le présent programme a bien des vertus.
Si `Im Sommerwind' est une charmante idylle qui montre en Webern débutant un adepte du style de Mahler et de Strauss à leur plus aimable, la Passacaille op.1, suite de variations comme le Finale de la 4e de Brahms, est un chef-d'oeuvre brûlant et paroxystique.
Les pièces op. 6 et op. 10 illustrent chez Webern l'affranchissement de la tonalité, mais surtout un rapport au temps musical entièrement neuf, et fascinent durablement par leur densité, leur éclat poétique, leur usage des timbres instrumentaux, la tension qui les habite au bord du silence.
La symphonie op. 21 et les variations op. 30 ont le caractère concerté et rigoureux de la musique sérielle. A travers des pièces de ce type, la musique de Webern devait constituer, pour la génération des compositeurs de l'après-guerre réunis à Darmstadt, un modèle. La symphonie op. 21, sereine et lumineuse, est dénuée de la sécheresse dont on crédite (innocemment bien sûr) ce type de musique.
Cette anthologie est magnifiquement dirigée par Christoph von Dohnanyi et jouée merveilleusement par le Cleveland Orchestra (un disque que Decca serait bien incapable de rééditer, mais on peut se le procurer autrement). Dohnanyi fait la part de la tradition (omniprésente) et de l'innovation dans cette musique. Les pièces op. 6, par exemple, sont somptueuses avec leurs échos mahlériens (la 5e).
Certains compositeurs se font gloire aujourd'hui d'avoir redécouvert la consonance, et la possibilité d'écrire un mouvement vif suivi d'un mouvement lent lui-même suivi (vous n'auriez jamais deviné) d'un petit presto pétillant.
Tout le mal que je leur souhaite, c'est de composer, ne serait-ce qu'une fois, une musique aussi riche de sens, aussi mémorable, aussi essentielle que celle qui est gravée sur ce disque.
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