...à ce lauréat belge qui a depuis accompli la carrière que l'on sait. En octobre 1974, Jos van Immersel enregistrait donc ce programme Duphly, puisé aux quatre Livres, entièrement réédité dans le présent CD.
On sera peut-être surpris par la lenteur de cette "Forqueray" ou de cette "Pothouïn", un peu alanguies comme de nobles sarabandes, rendant ainsi hommage au style de Cour que le compositeur porta jusqu'à son ultime point de déshérence. Je reste moins convaincu par l'opportunité de jouer « en sourdine » le troisième couplet de la "Pothouïn" ou la dernière reprise du da capo (2'58-) de la "De Drummond", malgré toute la mélancolie qui s'en révèle.
Même si les moeurs en cette fin de XVIII° Siècle s'émouvaient de l'esthétique galante, une telle préciosité de registration ne me semble pas nécessaire et tend à affadir la poésie de ces pages.
Pour autant, la volubilité ne fait pas défaut à l'interprète : ni dans les envolées de la "Chaconne", ni dans la véhémente "Médée", ni dans la bondissante "Victoire" dédiée à la fille de Louis XV.
L'ornementation ici sobrement réalisée épouse sans fioriture le galbe des phrases.
Mon principal regret vient d'une prise de son enrouée qui étouffe le volume de l'instrument (pourtant frais sorti des ateliers) et son épanouissement harmonique, ce qui pâlit l'éloquent propos du jeune Immersel, et hélas relativise l'attrait de ce récital. Si un florilège Duphly vous intéresse, je vous conseille plutôt l'éblouissant album récemment gravé par
Skip Sempé.
Le CD est complété par la première "Suite" de Joseph Bodin de Boismortier, captée en décembre 1967, qui figurait originellement sur un microsillon illustrant l'école française, de Louis Couperin à Michel Corrette.
Laurence Boulay nous y fait gage d'une subtile sensibilité, mais son instrument sonne de façon parfois étrange (les changements de jeu dans "La Caverneuse") et souvent trop ténue pour ne pas exposer incidemment une image falote de ce cahier.