Whaouh, le moins que l'on puisse dire c'est que la première écoute de ce troisième Kaiser Chiefs est déroutante. On tend l'oreille, on écarquille les yeux. Impossible : le groupe a donc interrompu prématurément sa tournée triomphale de l'an dernier tellement il était pressé d'entrer en studio pour donner une suite à l'excellent « Yours truly, agry mob », et tout cela pour commettre ça ? Ca, c'est-à-dire un CD dans lequel on ne retrouve grosso modo les Kaiser Chiefs que l'on aime que sur un seul morceau, l'imparable single (imparable single, c'est quasiment un pléonasme lorsque l'on parle de ce groupe) « Never miss a beat » ? Apparemment oui. Parce que pour le reste, c'est la douche froide : le son est plus policé (plus pop que pop-rock en quelque sorte) que d'habitude, les onze morceaux sont très courts (le plus long dure 3'54 et quatre d'entre eux durent moins de 3 minutes), mais aussi beaucoup plus simples qu'avant (mélodies épurées quasiment au maximum, pas de digressions instrumentales). Ouch.
Dans les faits, cela nous donne un surprenant morceau d'ouverture (« Spanish metal ») qui mélange une guitare menaçante, un riff de synthé à la B52's et une mélodie psychédélique à souhait. Ailleurs, on trouve carrément deux titres discoïdes, « You want history » et « Good days bad days », deux morceaux glam gentiment kitsh, « Like it too much » et « Always happen like that », une chanson pop au titre pour le moins énigmatique, « Tomato in the rain », deux hymnes punky, « Can't say what I mean » et « Half the truth » (ce dernier comportant l'intervention d'un... rappeur !), et le tout se termine sur une petite ritournelle très seventies chantée par le batteur du groupe. Encore une fois, ouch. On se dit vraiment que ce n'est pas possible : après deux albums aussi formidables qu' « Employment » et « Yours truly, angry mob », les Kaiser Chiefs n'ont pas pu se planter à ce point sur leur troisième disque... Eh bien non, rassurons tout de suite les fans : le groupe ne s'est absolument pas planté !
Si la première écoute est aussi décevante que déroutante, à partir de la troisième ou de la quatrième, tout commence à se mettre en place. En fait, le plus dur est d'accepter que les Kaiser Chiefs n'ont pas fait l'album que l'on attendait d'eux. Parce qu'une fois que ce « deuil » est fait, ça va tout seul, il n'y a plus qu'à se laisser aller : les accroches mélodiques et les refrains ont en effet été épurés et simplifiés, mais ils sont bel et bien là, prêts à accrocher votre oreille et à entrer dans votre cerveau pour ne plus jamais en sortir. En fait cet album est une sorte de poison : quand on le prend on ne ressent rien de particulier, et puis petit à petit les effets montent (les refrains s'imposent, chaque chanson diffère totalement de la précédente) et on est foutu. Définitivement.
Au final donc, « Off with their heads » est un disque qui réserve des surprises, qui au niveau du son est plus orienté post punk 1978-1980 que britpop 1994-1996, et qui, une fois que l'on est rentré dedans tourne et tourne et tourne encore dans la platine. Vivement que le groupe revienne faire une tournée en France...