Voilà une version qui se voudrait moderne, décapante, raffinée, et qui n'est que bancale, gauche et chichiteuse.
La faute en revient avant tout à la "conception" de Marc Minkowski. La Belle Hélène n'est pas une musique à "conception", c'est un chef d'œuvre de grâce et d'équilibre, de la belle musique qui demande à être servie par des bons musiciens.
La direction de Marc Minkowski, trop pensée, trop calculée, encombrée de tics et de fausses bonnes idées, manque de fraîcheur et de naturel et passe en définitive à côté de la pièce. Le chef étouffe cette œuvre sous l'amas de tant d'idées de détail, et passe à côté de l'essentiel: la simplicité, la franchise, l'équilibre d'une partition qu'il faut prendre pour ce qu'elle est, sans chercher à montrer ses biceps...
Felicity Lott est une grande chanteuse, parfaite francophone et musicienne accomplie. Est-elle une Hélène ? Absolument pas: le rôle est trop grave pour elle (elle transpose d'ailleurs ses couplets du 3ème acte), la voix n'a ni la couleur ni la chaleur requises. Mais c'est une belle artiste, et ce qu'elle fait dans ce rôle est constamment intéressant - rarement enthousiasmant.
Son Pâris, sans posséder lui non plus les vrais moyens du rôle (mais quel ténor les possède de nos jours ?) est très bien. Le reste de la distribution va du très médiocre (François Leroux, qui aboie son rôle) au très correct (Oreste).
À noter que la musique de cette version, provenant d'une édition critique, est sensiblement différente de ce qu'on entend d'habitude. Outre d'innombrables détails de prosodie, de texte, d'orchestration, etc... on y découvrira deux morceaux tout à fait inédits (coupés par Offenbach avant la création, pour des raisons d'équilibre): de ravissants couplets de Pâris au deuxième acte, et surtout la longue scène du Jeu de l'Oie, magnifique ensemble très développé et très réussi.
Il y a aussi des textes parlés ré-écrits, on se demande bien pourquoi, par une dame dont on peut être sûr qu'elle ne finira pas à l'Académie Française, contrairement à Meilhac et Halévy.
Ceux qui découvriront La Belle Hélène à travers cet enregistrement, sans chercher à aller plus loin, risquent de passer à côté du chef d'œuvre d'Offenbach.
Si vous voulez entendre la Belle Hélène, écoutez la version Marty (ou bien Lombard, ou bien Plasson, dans cet ordre de préférence). Si vous souhaitez entendre une approche moderne "historiquement informée" (comme disent les Américains), dirigée par un grand musicien, précipitez-vous sur le magnifique DVD de Zurich, dirigé par Harnoncourt.