On ne peut qu'être tenté par la mise sur le marché de cette nouvelle opérette d'Offenbach, jamais reprise en France depuis 1877 (sauf peut-être par l'ORTF en 1955 nous précisent les érudits).
Las, la déception a été à la mesure de notre impatience à découvrir l'oeuvre du grand compositeur. Et pourtant, la troupe de Brigands a vraisemblablement donné tout son coeur pour restituer au mieux la composition, mais les partis pris sont malheureusement trop nombreux et l'échec était prévisible dès la conception du projet de reprise.
Bien sûr, il y a de nouveau ces costumes et décors misérabilistes appréciés de nos Bobos, mais on a déjà tant vu d'irrespects et de sottises en ce domaine que leur sobriété serait ici presque à louer. En effet, aucun participant déguisé en homme-grenouille, ramoneur ou autre Alien ; mais hélas, nous sommes bien loin de la mise en scène et des costumes somptueux de Grévin ou Draner à l'époque de la création...
Les chanteurs sont souvent bons, voire excellents et notamment Aurélia Legay ; pour autant, quel besoin a donc poussé le réalisateur à donner à une femme le rôle de l'assistant d'Ox ? Je me pose encore aujourd'hui la question, même si Offenbach eût parfois recours aux rôles travestis.
Mais l'immense déception vient tout particulièrement de la partition d'Offenbach que l'on a osé saccager (il ne faut quand même pas manquer d'arrogance et de toupet!) pour la faire exécuter par un ensemble d'une dizaine de musiciens dont un piano, c'est à dire que chacun des pupitres n'est plus ici représenté que par un seul musicien. Tous sont au demeurant de remarquables instrumentistes et parviennent parfois à faire illusion.
Il n'empêche que l'esprit de la Musique du Maître a été hélas largement transformé pour parvenir à un résultat mi-chair mi-poisson qui, pour répondre avant tout à des nécessités économiques, n'en trahit pas moins sévèrement le génie et les idées que le grand Offenbach avait en tête!