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Incroyable : J.J. Cale ouvre ce troisième album avec un reggae. Dès les premières mesures de "Crying", la guitare de Reggie Young tranche avec une rythmique aiguisée. Pour Cale le temps semble passer à une allure réduite, et pourtant, il reste attentif aux vibrations de son époque. Ainsi après avoir utilisé très tôt la boîte à rythme, J.J. Cale va ici, avec Audie Ashworth son producteur, opter pour une voix doublée sur de nombreuses chansons. D'où cet effet de proximité immédiate ("Rock And Roll Records"), donnant l'impression que la voix chante dans vos oreilles. Le sens de l'économie de l'interprète le pousse à réduire les compositions à leur expression la plus synthétique, les morceaux atteignant rarement les trois minutes. Pourtant, chacun renferme les secrets de fabrication d'un musicien qui a quasiment déposé un brevet d'invention pour sa méthode. C'est le rêve de beaucoup de compositeurs que d'écrire des classiques. Cale peut se prévaloir d'une poignée d'entre eux. Et cet album, comme souvent avec lui, en contient un : "I Got The Same Old Blues".
--José Ruiz
Critique
Si l’emballage évolue un peu, le contenu reste immuable : le troisième album de J.J. Cale bénéficie de quelques avancées du producteur Audie Ashworth (chant doublé et bénéficiant d’un mixage flatteur, quelques influences de jazz ici ou de country là), mais nous ne sommes que dans la subtilité du dosage.
Okie est un album de l’homme de Tulsa, pris dans son style, comme on pourrait écrire « dans son jus » – si l’on en croit l’iconographie, plutôt à la gloire de ceux qui brûlent le dur, à bord de trains infinis comme l’aventure – et donc,
a priori, qui offre un subtil équilibre entre country, gospel, jazz et rock, sur fond de marmonnement décontracté en mineur.
On signale toutefois, au milieu d’un programme de très haute tenue, l’inclusion de deux ou trois merveilleuses chansons (
« I Got the Same Old Blues » et un
« Cajun Moon » qui sera repris avec profit par Maria Muldaur), ainsi que d’un évènement rarissime : pourtant peu à l’aise avec le répertoire des autres, J.J. Cale reprend ici
« I’ll Be There (If You Ever Want Me) » de Ray Price, légendaire figure de la scène country de Nashville, plus accoutumé à fournir des chansons à des sphinx comme George Jones.
On note également avec émotion la présence au sein de l’équipe du disque du guitariste Reggie Young (l’homme qui tint le manche pour le compte de Carl Perkins, Roy Orbison, Johnny Cash et Elvis Presley).
Okie n’eut qu’un parcours modeste dans les classements de ventes d’albums pop, mais on ne va pas se fâcher pour si peu.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story