Le centenaire d'Olivier Messiaen a été fort bien fêté en France et dans le monde, et nous a valu entre autres de remarquables enrichissements d'une discographie qui était déjà abondante, et dans l'ensemble de très haut niveau (il y a très peu de disques "ratés" dans la mesure où, comme le fait remarquer le critique américain David Hurwitz, ceux qui s'attaquent à cette musique si particulière et si exigeante en ont les moyens, et savent ce qu'ils font...) Ce coffret nous permet d'entendre un orchestre absolument fabuleux dans ce répertoire, et de longue date associé à ce compositeur (création dans les années 50 de Chronochromie et du réveil des oiseaux, exécutions de la Turangalila Symphonie à la même époque, c'est à dire avant la plupart des orchestres français...)Il s'agit pour la plupart d'enregistrements de studio (quelques "live" avec un public fort discret)joués de façon parfaite, avec une précision et une discipline d'ensemble stupéfiantes, sous la direction d'un chef peut être moins "charismatique" que d'autres, mais parfaitement à l'aise dans cette musique, évitant tous les pièges qu'elle peut tendre (excès de décibels, confusion, difficultés de maintenir la grande ligne...) et soucieux avant tout de rendre justice aux partitions. Un exemple parmi d'autres du remarquable travail de Sylvain Cambreling et de ses musiciens dans le premier mouvement de la Turangalila : je n'avais encore jamais remarqué que dans la quatrième énonciation du "thème statue", les trombones étaient rejoints par les trompettes, ici on l'entend très bien, de même dans le tournoiement orchestral qui suit la grande cadence du piano on entend parfaitement la ligne ondulante des violons, et on pourrait multiplier les exemples (citons également l'épode de Chronochromie, le passage pour 18 cordes solistes qui peut facilement tourner à la volière en folie, et qui est ici presque aussi lisible qu'un quatuor à cordes...)ajoutons que Roger Muraro est parfait (on n'en attendait pas moins de lui...) les poèmes pour Mi sont fort bien chantés par Yvonne Naef, dans un style assez proche de la Schéhérazade de Maurice Ravel, mais ce n'est pas forcément un contre sens et les choeurs de la Transfiguration sont formidables. Tout cela ne remet pas en question les grandes versions de ces oeuvres ( Ozawa, Rattle, Wit, par exemple pour la Turangalila, Boulez pour Et Exspecto, Dorati, Boulez ou Rickenbacher pour Chronochromie, Chung pour Des Canyons aux Etoiles, etc...) mais constitue un enrichissement substantiel de la discographie Messiaen. Chaleureusement recommandé.
PS : La Turangalila mériterait bien une édition en SACD, afin de rendre encore mieux justice au travail des percussionnistes, que j'avais trouvés tout simplement fabuleux lors du concert donné à Pleyel le premier février 2008, une dizaine de jours avant l'enregistrement de studio.