Dissipons d'emblée une ambiguïté, complaisamment (voire trompeusement) relayée par certains sites: cet album ne voit nullement la reformation de Roxy Music ! Certes, les anciens membres du groupe que sont Phil Manzanera, Andy Mackay et Brian Eno ont bien apporté leur contribution musicale, mais il faut savoir que:
1) ils n'accompagnent Ferry que sur certains titres
2) ils ne sont jamais tous présents SIMULTANEMENT (sauf sur un morceau, qui n'est d'ailleurs pas le plus «roxien»: "Song To The Siren", une reprise de Tim Buckley)
3) ils ne sont crédités dans les notes de pochette que comme «guest artists», et non pas comme membres à part entière du groupe actuel de Ferry.
C'est donc bien à un album solo de Bryan que nous avons affaire, rempli, comme à l'accoutumée, d'invités prestigieux (les trois musiciens cités précédemment, mais aussi des «pointures» comme David Gilmour (guitariste de Pink Floyd), Flea (bassiste des Red Hot Chili Peppers), Groove Armada, les Scissor Sisters, pour n'en citer que quelques-uns).
LE GROUPE: celui-ci est assez fourni, puisque 11 noms sont cités comme ayant accompagné Ferry sur tout l'album. On remarque, entre autres, Nile Rodgers et le (très) jeune Oliver Thompson aux guitares, Andy Newmark (déjà présent sur les albums de Roxy Music des années 80) et Tara Ferry, fils de Bryan, aux percussions.
LES TITRES: au nombre de 10 sur l'édition standard (12 sur l'édition «Deluxe»), ils se répartissent en trois catégories: les compositions originales de Ferry, les collaborations avec d'autres compositeurs, et les reprises. 49' pour l'édition 10 titres, 56' pour l'édition 12 titres, avec des chansons ne dépassant que rarement 5 minutes. Pas question de les passer ici en revue une par une, leur appréciation ne pouvant forcément être que très personnelle en fonction de l'auditeur.
LE STYLE: globalement le pop-rock souvent très funky auquel Bryan nous a habitués depuis plusieurs années pour ses albums solo. La voix est toujours aussi magique (malgré 65 bougies bien soufflées), et les intonations reconnaissables entre mille. Les textes sont comme d'habitude très travaillés, et relèvent souvent plus du poème que de simples paroles de chansons. «Du romantisme avant toute chose», c'est semble-t-il le mot d'ordre pour ce disque, et nous sommes donc là en terrain connu. Le son est extrêmement recherché, et on entend clairement que toutes les ressources d'un studio ultramoderne ont été utilisées. Peu d'expérimentations véritables cependant (malgré la présence sur 4 morceaux du sorcier Brian Eno). Amusant de noter que la seule réelle incursion (en forme de clin d'oeil) dans le Roxy du début des seventies émane d'un titre de... Groove Armada («Shameless», figurant d'ailleurs sur leur album «Black Light» paru en 2010, et sur lequel Ferry chantait déjà en guest star) repris ici (toujours chanté par Ferry bien sûr) avec la collaboration du duo londonien, dans une version qui dépasse largement l'original (personnellement mon titre préféré sur tout l'album, mais après tout, à chacun ses idiosyncrasies...).
LES EDITIONS: pas moins de trois éditions principales sont actuellement disponibles, sans compter l'import japonais (11 titres) et l'édition vinyle:
1) l'édition standard: un CD de 10 titres.
2) l'édition Deluxe: un CD de 12 titres + un DVD de 30' sur la genèse de l'album, le clip «You Can Dance», et son bref making-of.
3) l'édition Collector: le contenu de l'édition Deluxe + un CD intitulé «Alternative Mixes» de 52'53 (revisitant 7 titres de l'album dans un style très «dance oriented») + un livre de 40 pages au format 30x30 proposant des photos (parmi elles, 2 de Bryan Ferry, et 12(!) de Kate Moss, la cover girl de la pochette), des textes de présentation, ainsi que la totalité des paroles des 12 chansons.
Vu la différence minime de prix entre l'édition standard et l'édition Deluxe, celle-ci me paraît un bon compromis entre les trois, d'autant qu'elle propose les 2 titres supplémentaires et le DVD. Mais si, comme moi, vous êtes un inconditionnel du gentleman né à Washington (Angleterre !), c'est alors l'édition collector qu'il vous faut !
En conclusion, OLYMPIA n'est pas un disque révolutionnaire, mais plutôt une excellente réalisation dans la lignée de ce que l'artiste a déjà su nous proposer par le passé. Le résultat final ne va donc probablement pas changer la donne: ceux qui n'aiment pas son style continueront sans doute à ne pas aimer, ceux qui l'apprécient vont vraisemblablement être séduits par le travail proposé ici (sans pour autant prétendre qu'il s'agisse de son chef-d'oeuvre), quant à ceux qui ne le connaissent pas encore, peut-être auront-ils, grâce à cette parution, l'attention attirée sur ce musicien: c'est ce que nous leur souhaitons. En tout cas, les fans espèreront, c'est certain, que Bryan Ferry leur proposera encore longtemps des oeuvres aussi réussies !