Paru en 1954,
I Am Legend de Richard Matheson est un de ces romans qu'on n'oublie pas une fois lu. Fable existentielle, dystopie post-apocalyptique, thriller fantastique mâtiné de vampires, c'est un peu tout ça à la fois! Rien de surprenant, donc, à ce que le cinéma s'y soit très vite intéressé... A ce jour, on en compte trois adaptations et il y en aura sûrement d'autres... La première, en 1964, avec Vincent Price, avait ses mérites, et la troisième, en 2007, avec Will Smith, était ma foi plutôt réussie. Cela dit, personnellement, c'est cette version-ci que je préfère. Réalisée en 1971 par Brian Sagal, elle prend certes des libertés avec le livre de Matheson, on pourrait même dire qu'elle en modifie un peu l'esprit, n'empêche que le résultat à l'écran est diablement intéressant! Nous sommes en 1977. Deux ans plus tôt, une guerre bactériologique sino-soviétique a balayé la race humaine, ne laissant dans son sillage que des hordes de mutants assoiffés de destruction. Seul rescapé "sain", Robert Neville survit comme il peut, mitraillette en bandoulière, dans une Los Angeles transformée en ville-fantôme... Mais est-il vraiment, comme il le croit, le dernier homme sur Terre?
Premier atout de ce film, le casting judicieux de Charlton Heston dans le rôle-titre. D'emblée, par son seul charisme, celui-ci impose son improbable personnage et le rend crédible. La gâchette sensible, le bon mot facile, il nous la joue désinvolte à fond. Vu le tragique de sa situation, ça devrait sonner faux et pourtant ça fonctionne. L'esthétique du film est elle aussi convaincante. Les immenses perspectives urbaines jonchées de carcasses de voitures, les cadavres statufiés dans la mort, les immeubles dévastés, les magasins vides créent une ambiance surréaliste à la Chirico, ambiance paradoxalement soulignée par une bande-son "groovy" très seventies qui ajoute encore à l'étrangeté de ce cauchemar où le temps paraît suspendu. Quant aux "zombies" qui traquent Robert Neville, et dont l'excellent Anthony Zerbe incarne le chef, s'ils sont assez éloignés des créatures imaginées par Matheson, leur look, à défaut d'être effrayant, ne manque pas de pittoresque! Bref, tout ça est très plaisant à regarder et nous pose, mine de rien, une question éminemment philosophique: comment rester humain dans un monde privé d'humanité?