Comme Christophe avec Aline , Nino Ferrer a été injustement considéré comme un aimable faiseur de tubes 60's vaguement décalés : Le telefon , les cornichons , Mirza .
Derrières ces chansons qui ont achevé son image de deconneur de service, se cachait comme chez Gainsbourg un écorché vif . Malgré un registre vocal diamétralement opposés, les deux hommes avaient tout de même beaucoup en commun : Serge ne s'est jamais remis de la mort de son père , Nino se fit sauter le caisson auprès celle de sa mère. Après des tubes très marqués par le swingin'London , Nino aura du mal à imposer des chansons plus sensibles avec des ventes d'albums médiocres . Et puis , ces chansons comme Nathalie ou la rua Madureira qui parlent de la mort de la femme aimée , de préférence dans un accident d'avion ...
Ce tribute publié en 2005 vaut largement le coup d'oreille. C'est bien sûr le seigneur Bashung qui balaie tout avec une magnifique version du "Sud" .Dépouillée, avec une interprétation sur le fil du rasoir , "le Sud" de Bashung produite par Rodolphe Burger pourrait figurer sur
American Iv : The Man Comes Around de Johnny Cash .... ou sur
Harvest de Neil Young que Nino admirait. Et puis cette magnifique préface de Bashung dans le livret du disque : "Le sud me rappelle ce train que l'humanité a oublié de prendre en attendant le prochain" .
Le groupe belge Venus reprend cette chanson en Anglais telle qu'elle avait été conçue à l'origine sur l'album
Nino And Radiah - Le Sud. Comme souvent chez ce groupe l'initiative est audacieuse mais un peu soporifique.
C'est JP Nataf qui ouvre le bal avec Oh Hé Bon avec sa voix haut perchée et prend ainsi le contre pied de Ferrer avec une interprétation légère et pop. On reste dans le domaine des voix aigues avec le tristement incontournable M, qui, s'il est un musicien confirmé, m'exaspère systématiquement dès qu'il commence à chanter . Son Je vends des robes reste intéressant malgré tous ses tics très agaçants.
Miossec est très à son aise sur la chanson pour Nathalie avec de belles harmonies vocales et sa rythmique Penny Lanesque .
Spécialiste des reprises iconoclastes, Arno brille sur un "Mirza" presque industriel avec un zeste de "Purple Haze" ! Fallait oser !
On préférera à la diction empruntée de Cali la version Bossa d'Autour de Lucie de la rua Madureira avec un métissage interessant du
Ok Computerde Radiohead . Les rythmes latins tels que le groupe
Nouvelle Vague les affectionne conviennent particulièrement au répertoire de Nino comme en témoigne " Le Telefon " par Helena Noguera .
Dernière fille de l'album, la grande Sophie n'est pas en reste et livre un " Je veux être noir" de très bonne facture .
Art Mengo fait aussi du bon boulot sur "La maison près de la fontaine " dans une version classe quoique très proche de l'original.
A ce stade, restent les outsiders du disque qui sortent des sentiers battus en reprenant des chansons moins grand public.
Je ne connaissais Fabien Martin . Sa reprise de "Riz complet" est très originale et sonne comme la reprise de REM sur
I'm Your Fan - The Songs Of Leonard Cohen By qui serait chantée par Dominique A . Artiste à suivre .
Fabio Viscogliosi livre "un anno d'amore" pleine de fougue et de lyrisme et prouve que l'on peut chanter en italien sans être un ringard absolu. Pour info, cette chanson était déjà reprise sur l'ost de
Talons Aiguilles.
Et enfin le grand Daniel Darc qui finissait à l'époque sa traversée du desert , s'approprie de manière définitive " Rondeau" avec des arrangements discrets mais d'une terrifiante efficacité . Bouleversant.
Nino qui souffrait d'un manque de reconnaissance aurait sûrement aimé ce disque , qui , chose rare pour un tribute , tient la route sur la longueur et le temps . La production est homogène et les artistes qu'on les aime ou pas ont tous fait du bon boulot . Comme disait Jacques Martin : "Tout le monde a gagné" .
On dirait Nino n'est pas un disque putassier grand public qui a su faire des choix artistiques audacieux . Vous imaginez La rua Madureira chantée par les enfoirés ??
Belle pochette aussi ...