La musique de danse électronique française souffre depuis longtemps de cette dichotomie : une réputation de créativité et d’éthique, avec en vitrine la fameuse « french touch », épitomé de la branchitude parisienne, et ses héros temporaires qui réussissent le crossover, Daft Punk avant-hier, Justice hier, Air pour les plus esthètes, ou Laurent Garnier pour les gardiens du temple.
En face, la paire de pionniers, car on ne peut leur nier ces états de service, qui pratiquent la grosse cavalerie de la musique de club, et vendent une image simple, populaire, people, apte à consolider un following massif : Bob Sinclar et David Guetta. Guetta sort un quatrième album promis, comme les précédents à un succès planétaire, puisqu’il repose sur des recettes qui ont fait leurs preuves. Du people, pour le bling bling : Akon, Kelly Rowland (ex-Destiny’s Child), Estelle, Black Eyed Peas, Ne-Yo, tous énormes vendeurs anglo-saxons dans le r&b ou le hip hop, qui permettent de tricoter autour de leurs voix reconnaissables des hymnes à dance floor sans fioritures.
Quand on a les voix qui campent habituellement dans le haut des charts, et qui sont donc familières au public, une partie du chemin est faite, Guetta a le savoir-faire indéniable qui permet de leur paver ce chemin de faux brillants. Grosses rythmiques grasses et prévisible autant qu’efficaces, maigres effets sonores permis par la technologie, structures de morceaux classiques, comme des « chansons », avec ponts, refrains, couplets, et fausses fins qui font redémarrer la chenille, pour ne pas perdre en route les hordes de danseurs.
La théorie de remixes qui suivra permettra de déguiser tout cela de fraîcheur récurrente. C’est une musique vulgaire, au sens premier du terme, c’est-à-dire qu’elle est destinée au commun des mortels et non à une élite. Ce choix-là est délibéré, et assumé depuis longtemps. Guetta pratique une sorte de hip house assez pop dans l’esprit, qui vise le tube mémorisable, emballée dans du papier qui brille.
One Love, à cet égard, est parfaitement en phase avec sa mission, qui est de donner du bon temps en piquant une petite suée générationnelle dans des lieux prévus à cet effet. D’ailleurs, qui aurait l’idée saugrenue d’écouter ça chez soi, en dehors du cadre communautaire ?
Jean-Eric Perrin - Copyright 2013 Music Story