Le retour de la petite fille de Philadelphie (à vingt-trois ans, on conserve toujours des rêves d’enfance), s’effectue dans la plus inconfortable des configurations, si l’on mesure l’accueil enthousiaste (critique, et public) dont a bénéficié son précédent album
Worrisome Heart (2008).
La préparation de l’enregistrement de
My One And Only Thrill (dix compositions originales, et la reprise d’
« Over The Rainbow » qui, depuis 1939, reste à tout jamais marquée par l’interprétation de Judy Garland dans le film
Le Magicien d’Oz) s’est donc déroulée dans le contexte de tournées, aussi couronnées de succès, qu’exténuantes. Certes, les partitions, toutes finalisées avant même de franchir les portes du studio, ont été déchiffrées par ses musiciens habituels de concerts (et qu’on avait pour certains découverts dans le disque précédent, en particulier le trompettiste Patrick Hugues, ou le bassiste Ken Pendergast, qui s’autorise parfois quelques infidélités auprès de la chanteuse Alexandra Day).
Mais deux atouts supplémentaires se sont glissés dans la manche de la chanteuse : la mise en forme a été confiée au producteur (attitré de Madeleine Peyroux) et bassiste Larry Klein. Et les arrangements orchestraux et pour cordes sont de la responsabilité de Vince Mendoza (dont on a pu apprécier les qualités dans l’album
Swing When You’re Winning de Robbie Williams, mais qui peut également revendiquer deux Grammy Awards au côté de Joni Mitchell). C’est sans nul doute cette juxtaposition de talents (et leur osmose) qui offre à ce deuxième effort toute sa saveur.
Dès les premières mesures de
« Baby I’m a Fool » (en ouverture), la luxuriance des violons renvoie aux plus belles plages de Frank Sinatra, et Julie London. Ces cordes (et le travail de Mendoza, donc) sont particulièrement mises en valeur dans
« Our Love Is Easy » (drame en miniature sur l’amour impossible), au gré de l’atmosphère pour lounge en afterhours de
« Lover Undercover », ou au sein de l’onirique
« Deep Within the Corners of My Mind ». Mais ces différentes déclinaisons ne sont que du très reconnu chez Mélody Gardot. L’innovation viendra en conséquence de
« If the Stars Were Mine », où la jeune chanteuse et pianiste feuillette attentivement sa collection complète d’incunables d’Astrud Gilberto : tout est donc ici sensualité, délicatesse, et sophistication latine.
Las, le péril pointe naturellement le bout de son nez chafouin avec la reprise, donc, d’ «
Over the Rainbow », nichée en fin de programme. Bienheureusement, ce sont là encore les douces tropiques d’un déhanchement languide qui prédominent. Ce qui pouvait ne constituer que la banale visite d’une scie, inscrite dans l’inconscient collectif, devient alors une petite mignardise en suspension, fragile, et presque juvénile. Ce qui ne manque pas de cohérence, dans ce deuxième volet personnel, poétique et serein, des aventures d’une petite fille. Non ?
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story